Université d’été des mouvements sociaux : un bon point « communs »

À l’université d’été des mouvements sociaux, impulsée par Attac, des ateliers ont montré comment la philosophie des communs prend sa place dans les revendications démocratiques. Reportage.

Le facilitateur ne lâche pas son auditoire du regard et introduit l’atelier du jour par une « prise de température ». Au cinquième jour du « Commons camp » (camp des communs) organisé dans le cadre de l’université d’été solidaire et rebelle des mouvements sociaux, qui s’est déroulée du 21 au 26 août à Grenoble, sous la houlette d’Attac, la salle est encore composée pour moitié de nouveaux participants.

L’animateur propose donc dix minutes de retour d’expérience en petits groupes pour accueillir les néophytes : mains agitées au-dessus de la tête pour signifier l’approbation, poignets en croix pour exprimer une opposition radicale. L’assemblée valide sa proposition et se reforme dix minutes plus tard pour entamer un éprouvant travail de mise en commun des propositions de la salle et répondre à la question du jour : comment réaliser la « reliance » entre les acteurs locaux du mouvement des « communs ». Un secrétaire de séance note au tableau les idées qui cascadent, pendant qu’une dessinatrice noircit un paperboard, esquissant peu à peu un schéma général de la séance. En ligne, un « wiki », site participatif, est complété en temps réel pour suivre le déroulement des discussions (1), et chacun est invité à semer ses impressions sur de grandes feuilles de couleur placardées dans le couloir. « La jaune pour ce qui était positif, la verte pour le négatif », clame un jeune brun aux traits tirés par les cinq jours du camp. « Mais non, c’est l’inverse », lance un militant goguenard, tee-shirt défraîchi floqué d’un énorme logo d’Attac.

L’heure tourne. Il faut faire la synthèse des propositions, conjuguer l’inexpérience des uns avec l’impatience des autres et constituer des groupes de travail. « C’est presque fini », tempère le chef d’orchestre, debout au milieu d’un cercle de chaises en rangs serrés, sentant frémir la frustration. Point technique. « J’ai besoin de le faire maintenant », s’excuse une militante en se glissant au centre du cercle. « Lorsqu’on veut faire l’ordre du jour en commun, cela prend une heure et demie, constate-t-elle_. Si nous avons deux heures d’activité, il faut peut-être prévoir de fonctionner autrement. »_ Réflexion entendue, l’assemblée reprend son cours, tranche les derniers compromis et se dissout en petits groupes de travail qui partent entamer, chacun, leur propre travail de « coconstruction ».

Bienvenue dans une assemblée des « communs ». Florilège de couleurs et de gestes au service de l’intelligence collective, réapprentissage permanent de l’écoute et de la parole, en partage. La scène peut paraître déroutante, mais elle devient ordinaire dans le paysage militant, comme les références à ce mouvement aux contours flous, parfois difficile à rendre concret. Les « communs », c’est le nom que se donnent les partisans d’une troisième voie, entre la propriété privée (qui conduit à la confiscation d’une richesse) et la gestion publique des biens (souvent vécue elle aussi comme une dépossession). Un local partagé, une régie gérant l’eau potable, Wikipédia ou une monnaie complémentaire : un « commun » peut prendre des formes très variables. Ce qui compte, c’est l’exigence démocratique de chaque instant.

Il reste 56% de l'article à lire.

   Pour lire la suite de cet article, identifiez-vous ou créez un compte :

Article réservé

Pour lire cet article :

Je choisis un pack
Achetez un pack de crédits
pour accéder à cet article.
Consultez nos offres d’abonnement,
à partir de 8€/mois.
Déjà abonné(e) ?
Identifiez-vous.

Vous pouvez aussi acheter le journal contenant cet article ici

Haut de page

Voir aussi

Des écrans de fumée ?

Pédopsy : Nos futurs
par ,

Blog

 lire   partager

Articles récents