Dans le Pas-de-Calais, une « violence inouïe » contre une réfugiée

À Saint-Omer, une jeune migrante est menacée par une procédure d’expulsion. Elle est pourtant hébergée depuis près de trois ans sur le territoire, où elle a donné naissance à deux petites filles. Une mobilisation citoyenne s'est mise en place.

Cet article est en accès libre. Politis ne vit que par ses lecteurs, en kiosque, sur abonnement papier et internet, c’est la seule garantie d’une information véritablement indépendante. Pour rester fidèle à ses valeurs, votre journal a fait le choix de ne pas prendre de publicité sur son site internet. Ce choix a un coût, aussi, pour contribuer et soutenir notre indépendance, achetez Politis, abonnez-vous.


Charlène est étudiante, mère de deux petites filles à 19 ans, et elle doit être expulsée de France. Au mois de juin, la jeune femme a reçu une OQTF (obligation de quitter le territoire français). Motif : l’asile lui a été refusé. Charlène vit pourtant depuis près de trois ans dans l’Hexagone. Elle était même arrivée depuis la République démocratique du Congo (RDC) avant sa majorité, enceinte de quatre mois, au mois de décembre 2015. Depuis le début, elle a suivi régulièrement des cours dans des associations pour apprendre le français écrit et parlé.

C’est la situation que nous dévoile le Réseau éducation sans frontières (RESF) de la ville de Saint-Omer (Pas-de-Calais). Marilyn Shirley, l’une de ses membres, ne comprend pas la situation : « Ça fait dix ans que je suis à RESF et ça n’est jamais arrivé. Et ça concerne une jeune maman ! Les bras m’en tombent. » La situation familiale de la jeune réfugiée était déjà difficile avant son arrivée : orpheline à 14 ans, elle est alors contrainte de vivre dans la rue où elle subit des sévices sexuels, l’amenant à fuir le pays.

Faute de preuves sur la situation subie en RDC, Charlène accuse les refus consécutifs de l’Ofpra (Office français de protection des réfugiés et apatrides) puis de la CNDA (Cour nationale du droit d’asile) sur ses demandes d’asile. Mais elle finit par obtenir une inscription dans un lycée, en CAP, pour cette année. « C’est mon rêve d’être à l’école en France », raconte-t-elle. La jeune Congolaise est hébergée au foyer Anne-Frank de Saint-Omer depuis deux ans, où elle s’occupe de ses jumelles nées en France, ont rejoint l’école maternelle cette semaine. Bien qu’elle doive lier études et parentalité, Charlène raconte que « tout se passe bien » au lycée où elle a aussi fait sa rentrée.

Assignée à résidence

La jeune femme et son avocate ont fait appel des décisions mais ce recours ne suspend pas l’OQTF ; la cour d’appel de Douai pourrait donc rendre une décision positive après une expulsion vers la RDC. Les derniers événements n’atténuent pas le sentiment de détresse : assignée à résidence, la réfugiée doit pointer trois fois par semaine au commissariat du coin. C’est à l’un de ses passages, mercredi 19 septembre, qu’on lui donne une nouvelle : « On lui a dit qu’elle devait se rendre vendredi prochain à l’ambassade de la RDC, à Paris, pour obtenir un laisser-passer consulaire », explique Marilyn. « Ça permettra à l’État français de l’expulser. Les autorités continuent la procédure. J’ai l’impression qu’on lui dit de creuser sa tombe pour qu’elle puisse y rentrer… » « C’est d’une violence inouïe », conclut-elle.

Charlène et le RESF local peuvent compter sur le soutien de citoyens, via une pétition lancée le 14 juin. Adressé au préfet du Pas-de-Calais Fabien Sudry, le texte demandant l’annulation de l’OQTF a recueilli près d’un millier de signatures. Cathy Apourceau-Poly, sénatrice du Pas-de-Calais, demande au préfet « la plus grande bienveillance dans ce dossier », soulignant dans sa lettre que « la population audomaroise [de Saint-Omer] est attentive à cette situation ». RESF attend encore des nouvelles du maire de Saint-Omer ou du député LREM Benoît Potterie cependant.

Le nombre d’expulsions d’étrangers est en hausse en France. Au mois de janvier, le ministère de l’Intérieur évoquait une augmentation de 14 % en 2017 des expulsions de déboutés du droit d’asile par rapport à 2016. Des statistiques en cohérence avec la loi asile-immigration, définitivement adoptée le 1er août, qui prévoit l’allongement de la durée de la rétention administrative jusqu’à 90 jours – y compris pour les familles avec enfants mineurs – ainsi que l’accélération de la durée de traitement d’une demande d’asile. La loi est désormais en vigueur, après sa publication au Journal officiel le 11 septembre.


Haut de page

Voir aussi

Articles récents