« Macronistes et lobbyistes, la même vision du monde »

Pour le politologue Guillaume Courty, ce qui a changé depuis 2017, c’est la grande homogénéité entre cercles du pouvoir et représentants d’intérêts.

Auteur d’une recherche parue en décembre 2017, Le Lobbying en France. Invention et normalisation d’une pratique politique (1), Guillaume Courty insiste sur l’ancienneté des pratiques de lobbying, tout en soulignant que l’arrivée au pouvoir des personnalités macronistes a rendu le contact plus facile entre ces deux sphères.

Pour reprendre vos mots dans une tribune du Monde (2), peut-on dire que « la Macronie est une terre de lobbys » ?

Guillaume Courty : Il y a une très forte homogénéité entre les personnes qui gravitent autour d’Emmanuel Macron – élus ou conseillers – et les représentants d’intérêts. Ce n’est pas nouveau : on parle en sociologie du phénomène de circulation des élites. Avec les alternances politiques, ces élus ou collaborateurs ont dû se poser la question : « Qu’est-ce que je vais faire demain ? » En effet, lorsqu’il y a un changement de gouvernement, des contrats de collaborateurs parlementaires – contrats de droit privé – sont rompus, et les personnes doivent anticiper la suite de leur carrière. On retrouve l’intuition de Max Weber : « Lorsque l’on est battu en politique, on a deux possibilités de reconversion : le journalisme ou la représentation des intérêts. »

Dans la représentation des intérêts, les anciens politiciens continuent, d’une certaine manière, à faire de la politique tout en monnayant leurs compétences techniques. Lorsqu’Emmanuel Macron est arrivé au pouvoir, en neutralisant les deux partis politiques dominants, il y a eu des stratégies précoces d’anticipation et bon nombre de collaborateurs se sont tournés vers le lobby. Réciproquement, avec sa thématique et sa jeunesse, le Président a convaincu beaucoup de personnes qui travaillaient dans le lobbying ou en entreprise de basculer en politique. Les lobbyistes et les politiques partagent la même conception de la politique, ce qui facilite les échanges.

Quelle est cette vision partagée de la politique ?

Plus que des idées néolibérales, macronistes et lobbyistes partagent une vision du monde. Il y a un effet de génération et un accord sur les pratiques. On le voit à travers le discours sur « l’ancien monde » et la fin de méthodes qu’ils jugent caricaturales, comme les partis politiques. Et cette vision qu’ils partagent, ils l’appliquent concrètement. Mais il y a des bugs : la démission de Nicolas Hulot en est un. Là se pose la question de ce que l’on rend visible de la politique. Surtout, les politiciens vont devoir trouver quelle justification ils donnent à ce processus politique dans lequel on fait intervenir in fine un ministre avec des représentants d’intérêts.

L’une des défenses de La République en marche est de dire que tout est lobby, ONG comme groupe industriel. Quelle définition donnez-vous, en science politique, du lobby ?

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