Michel Toesca : « Chaque citoyen peut se saisir des lois »

Réalisateur de Libre, Michel Toesca a filmé Cédric Herrou et tous ceux qui accueillent les migrants dans la vallée de la Roya, à la frontière italienne.

L ibre a tourné dans les cinémas avant sa sortie en salle le 26 septembre. Cédric Herrou, un des personnages principaux, et Michel Toesca, son réalisateur, ont organisé des rencontres pour parler de l’accueil des migrants (lire ici). Nouvelle étape d’une action dans laquelle le cinéaste de The Village et de Démocratie zér06 qui habite la vallée de la Roya et est ami avec Cédric Herrou depuis dix ans – est partie prenante. Derrière cet agriculteur devenu une figure de la solidarité avec les migrants, Michel Toesca entend parler de tous ceux qui aident, qui choisissent d’accueillir.

Le film oscille entre l’ordinaire et l’extraordinaire. Est-ce que l’extraordinaire commence quand quelqu’un se présente à la porte, a fortiori une petite porte perdue dans les montagnes au milieu des oliviers ?

Michel Toesca : Dans la Roya, les migrants arrivent en tongs et en T-shirt, ils ont froid et ne parlent pas un mot de français. Ils pensent être en direction de Paris… Le simple fait qu’ils se retrouvent dans cette vallée est déjà extraordinaire. Un mois ou deux auparavant, ils étaient en Libye, pour ceux qui viennent du Darfour et d’Érythrée. Chez Cédric, mais aussi chez d’autres, car ils sont plusieurs à agir comme Cédric, c’est le premier endroit de leur périple où ils se sentent enfin un peu accueillis. Épuisés, ils se posent et dorment. Puis ils appellent leur famille. Après seulement ils mangent quelque chose et récupèrent vite. Ils n’ont pas l’intention de rester, car ils sont dans la dynamique du voyage. Tous font preuve d’une énergie incroyable, qui nous pousse à réfléchir à des conditions de vie – au Darfour, en Érythrée ou au Tchad – dont nous ignorons tout. Le désir d’aller construire sa vie ailleurs, enfin, est quelque chose d’extraordinaire qui interroge les vies que nous menons.

Racontent-ils spontanément leur trajet ?

J’ai commencé à tourner Libre en avril 2015 à Vintimille, avant que les migrants n’arrivent dans la Roya. J’ai rencontré des personnes qui dormaient sur la plage, dans les rochers ou à la gare. J’ai observé ce qui se passait, le travail des associations, notamment celui des No Borders. Sans caméra. Quand le pape est allé à Lesbos en 2015, il a ramené six familles de Syriens au Vatican. Dans l’avion du retour, il a tenu une conférence de presse prônant une politique d’accueil incroyable. Une partie de l’Église catholique s’est alignée. L’évêque et le prêtre de Vintimille ont ouvert une église où ils ont hébergé jusqu’à 2 000 personnes. C’est là que j’ai commencé à filmer.

Un migrant m’a dit : « Je vais te raconter mon histoire. » Puis un autre. Je ne savais pas encore que j’en ferais un film, mais je leur disais : « C’est important que les gens sachent d’où vous venez, pourquoi vous êtes là. » À l’époque, beaucoup aidaient les migrants en France et en Italie. Mais personne ne savait ce qui était légal ou pas. Chacun agissait dans la clandestinité, le plus discrètement possible.

Un jour, Cédric, avec qui je suis ami depuis dix ans, m’a dit : « Tu sais, des migrants, j’en ai chez moi aussi. Viens voir. » J’ai filmé où j’allais. En rencontrant aussi des accueillants, j’ai pris conscience que je n’avais pas vu beaucoup de films sur l’accueil. J’ai décidé de centrer le mien sur le sujet.

Comment la maison de Cédric est-elle devenue un lieu d’étape ?

Cédric Herrou habite une des premières maisons de Breil-sur-Roya, un kilomètre avant le village. Des migrants empruntaient le sentier qui bifurque vers chez lui parce qu’ils remontaient la voie ferrée. Il vit modestement. Les gens qui accueillent font avec ce qu’ils ont. Ça s’est su que le lieu était accueillant. On a rencontré des Érythréens qui avaient ses coordonnées GPS !

Ce qui est frappant dans le film, notamment dans le face-à-face avec les représentants de la préfecture, c’est à quel point Cédric Herrou assume ce qu’il fait. Cette transparence, c’est presque une arme ?

L’homme qui fait face à Cédric Herrou, dans cette scène, c’est François-Xavier Lauch, directeur de cabinet de la préfecture. Aujourd’hui, il est chef de cabinet d’Emmanuel Macron. Cédric Herrou dit ce qu’il fait, parce qu’il trouve que c’est juste et qu’il est dans son droit. Il a d’ailleurs été condamné pour avoir dit au New York Times : « J’aide des gens à passer la frontière. »

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