Une si longue absence

Dans La Première Année, Jean-Michel Espitallier met des mots sur la souffrance provoquée par la mort de sa femme et tente de trouver du sens à ce qui n’en a pas.

J e viens de pénétrer dans une zone inconnue. Dans la zone inconnue des choses qui arrivent. Qui finissent par arriver. Voici venue la période la plus triste de ma vie. » Jean-Michel Espitallier écrit ces phrases alors que l’état de sa femme, malade d’un cancer, décline subitement. Elle est à quelques semaines de sa mort, qui surviendra le 3 février 2015, à 1 h 58 précisément. Toutes les notations sont précises, dans La Première Année. Jean-Michel Espitallier ne néglige aucun détail, aucune information contribuant à fixer chaque instant dans la mémoire, à tenter de le rendre immortel…

La Première Année est un recueil de notes qui s’ouvre sur cette période, quand la femme de l’auteur entre à l’hôpital, et se prolonge jusqu’au 3 février de l’année suivante. Journal de la perte, de l’absence, mais peut-être pas de deuil. Parce que celui-ci est impossible, comme en atteste Roland Barthes dans le livre qui porte ce titre, Journal de deuil, cité par Jean-Michel Espitallier.

Parce que « faire le deuil » d’un proche, c’est en quelque sorte avoir accepté la tragédie de sa mort, parvenir à continuer à vivre malgré la douleur, qui devient supportable. Or « la résilience m’effraie », reconnaît l’auteur. Au cours de cette première année post-­mortem, il relève toutes les premières fois sans sa femme, y compris les actes les plus quotidiens. Il redoute le passage du temps qui l’éloigne d’elle, lisse le souvenir et efface les traces. Il œuvre contre les trahisons inévitables de la mémoire, qui sont autant de trahisons de son amour.

Pour le poète, reste l’écriture. Comme un recours. Face à l’impuissance d’abord. Ce sentiment qui traverse tout le début du livre quand Jean-Michel Espitallier voit sa femme souffrir, partir, perdre peu à peu la conscience du monde. « J’ai toujours été pour toi celui qui résolvait tous les problèmes. Tu disais que j’étais un peu magicien. La protection dont je t’entourais me protégeait. Or la magie m’a quitté puisque cette fois-ci, qui était la seule fois où je ne devais pas rater mon tour, j’ai failli. »

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