Brésil : Une démocratie au bord du gouffre
C’est un pays fracturé qui surgira dimanche d’une présidentielle promise au fasciste Bolsonaro, après une campagne irrationnelle.
dans l’hebdo N° 1524 Acheter ce numéro

Ils ont jeté cette semaine leurs dernières forces dans la bataille, envahi les rues de toutes les grandes villes du Brésil par centaines de milliers pour crier « EleNão ! » (« Pas lui ! »). Ce mot d’ordre, lancé il y a deux mois par un mouvement spontané de femmes, est devenu le slogan de ralliement de tous les anti-Bolsonaro, comme un hoquet de nausée pour rejeter le spectre d’une victoire au second tour de la présidentielle du candidat d’extrême droite, le 28 octobre prochain.
Député fédéral installé au Congrès depuis 28 ans, Jair Bolsonaro n’en était pas moins politiquement insignifiant il y a deux ans seulement. Candidat sous l’étiquette du petit Parti social-libéral (PSL), il stagnait à 7 % dans les sondages avant de décoller mi-2017, et surtout depuis juin dernier, bondissant de 20 % des intentions à 35 % la veille du premier tour, dont il arrivera finalement largement en tête, le 7 octobre, avec 46 % des voix. Autoproclamé « anti-système », déjouant tous les pronostics et très investi sur les réseaux sociaux, il a un temps été qualifié de « Trump tropical » en raison de sa trajectoire de campagne. Mais la comparaison s’arrête là : le président états-unien fait figure de personnalité fréquentable à côté d’un Bolsonaro ouvertement misogyne, raciste, homophobe, méprisant les Noirs, les Indiens et les pauvres, adepte de la violence et de la libéralisation des armes, du « droit de tuer » en réaction à une agression violente, ex-parachutiste nostalgique de la dictature militaire, laudateur de la torture et prêt à prendre toutes les libertés avec les institutions démocratiques du pays.
Et les masses qui se pressent derrière les panonceaux #EleNão, bien qu’ayant nettement grossi ces derniers jours, semblent un vain barrage face au stupéfiant phénomène Bolsonaro dans ce Brésil encore loué il y a quelques années pour les progrès sociaux enregistrés sous l’ère Lula. Il était encore donné battu par ses cinq principaux opposants dans la course présidentielle il y a un mois à peine. Une semaine avant le second tour, les instituts les plus fiables le donnaient vainqueur avec 59 % des voix, reléguant son rival de gauche Fernando Haddad (Parti des travailleurs, PT) à 41 %. Dans un pays où il n’est pourtant pas rare d’assister au