Clandestin malgré lui

Persécuté en tant qu’opposant politique et peul, Diallo* a dû fuir la Guinée pour rejoindre la France. Mais il est « dubliné » vers l’Espagne, où, parfaitement francophone, il ne souhaite pas s’installer.

Il doit tenir dix-huit mois. C’est ce qu’on lui a dit… À l’issue de cette période, Diallo pourrait demander l’asile en France. Pour l’heure, il est « dubliné » : parce qu’il est entré dans l’Union européenne par l’Espagne, le règlement de Dublin stipule qu’il doit y être renvoyé quoi qu’il arrive, même s’il ne souhaite pas y rester. C’est le lot de la plupart des réfugiés qui, arrivant par l’Espagne, l’Italie ou la Grèce, y voient leurs empreintes digitales enregistrées. Est-ce à dire que tous doivent déposer leur demande d’asile dans l’un de ces trois pays ? En attendant, Diallo est clandestin. À Nîmes. Et la clandestinité, lui qui est très attaché au respect des lois, il n’aime pas. Il est hébergé chez un ami. Ne peut pas travailler. Âgé de 30 ans, il tenait une boutique avec son père à Conakry. Aujourd’hui, il est sans ressources, alors qu’il a laissé en Guinée deux enfants sans leur mère, qui les a quittés, chez sa mère à lui, qui vit, malade, dans un petit village « avec seulement des grands-pères et des grands-mères… » Leur sort le tourmente, il voudrait leur envoyer de l’argent. Scolariser ses enfants en ville. Ou les faire venir près de lui.

« J’aime mes enfants », répète-t-il en retraçant son périple. C’est à cause d’eux qu’il a été réticent à monter dans un « zodiac » pour traverser le détroit de Gibraltar avec 54 autres migrants. « Je ne voulais pas risquer ma vie. Des gens sont morts pendant la traversée… » C’est la Croix-Rouge qui les a secourus en mer, avant de les conduire à Melilla, l’enclave espagnole sur la côte marocaine. Opposant en Guinée, et peul, une ethnie ostracisée, Diallo a passé six mois en prison. Ses parents ont payé pour le faire sortir. Mais il a dû s’enfuir, sitôt ses enfants mis à l’abri. Il est parti en bus pour le Mali en septembre 2016. Il y a passé quelques mois. « Mais je craignais encore pour ma sécurité là-bas. » En quittant la Guinée, il n’avait pas d’objectif. Il a suivi des amis en Algérie, puis au Maroc, où ils l’ont convaincu que, parlant très bien français, il devait viser Paris. Dans chacun de ces pays, il a vécu comme il pouvait, de petits travaux, mais il était libre.

Melilla-Irun-La Chapelle

Quand la Croix-Rouge l’a conduit à Melilla, il s’est retrouvé dans un camp, « en détention ». « L’accès à l’alimentation n’était pas garanti, nous étions trop nombreux. Si on ne faisait pas la queue au bon moment, on loupait son tour. Mais si on aidait à l’entretien des lieux, assainissement, bricolage, etc., on pouvait espérer regagner la ville. Un bateau quittait le camp les mardis et jeudis. On l’appelle Salida [la sortie]. » C’est de cette manière qu’il est arrivé à Alicante, où la Croix-Rouge les logeait à deux ou trois dans de petites chambres d’hôtel meublé. « Je ne parlais pas la langue, j’avais du mal à communiquer. Personne ne m’avait dit que ma prise d’empreintes en Espagne me renverrait dans ce pays. » Diallo est remonté jusqu’à Bilbao, puis Irun où, avec quelques autres Africains, ils ont trouvé un passeur qui leur a fait traverser la frontière française. Moyennant finances. Lui n’avait pas d’argent, « mais comme je parle peul, bambara et français, j’ai servi de traducteur à d’autres qui m’ont payé le passage ».

Arrivé à Paris, et toujours soucieux des règles, Diallo s’est présenté au camp de réfugiés de La Chapelle. « Il fallait se lever tôt pour faire la queue et espérer être enregistré dans la journée. Au bout de quelques jours, on a compris qu’il fallait dormir sur place. On s’installait à même le sol. Avec des couvertures. Et les rats. Jamais de ma vie je n’aurais imaginé vivre dans de telles conditions. » Diallo a finalement réussi à passer la porte de la « Bulle », où il a été hébergé une semaine. « Au niveau de l’hygiène, c’était mieux. » Puis il a été envoyé dans un centre d’accueil et d’orientation (CAO) à Montpellier. Couvre-feu : 22 heures. Vingt-sept euros par semaine pour se nourrir dans une cabane partagée avec un petit micro-ondes. De là, il a été envoyé au centre d’accueil pour demandeurs d’asile (Cada) de Nîmes. Il y a vécu trois mois : « Pas le temps de nouer des amitiés, c’est exprès. » Règlement de Dublin oblige, la France l’a ensuite expulsé vers l’Espagne.

Dans la jungle madrilène

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