Disparition de Pascale Casanova

Longtemps sur France Culture où elle explorait la littérature la plus inventive, elle était aussi une chercheuse remarquable.

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Tous ses fidèles auditeurs dans les années 1990 et 2000 sur France Culture savent ce que le nom de Pascale Casanova, disparue ce 29 septembre à 59 ans, évoque : des émissions littéraires de haut vol, une conception de la critique sans concession empreinte de théorie, une passion pour les écritures « excentriques » et novatrices, et une voix claire et sûre, avec du caractère. Dans « les Jeudis », puis « les Mardis littéraires », et enfin « l’Atelier littéraire », elle ouvrait les horizons, autant du point de vue formel que géographique, invitant ici des poètes issus des avant-gardes, là des écrivains maghrébins n’ayant pas cédé à l’appel du français, et beaucoup de traducteurs de langues dites minoritaires. Se gardant du « milieu » littéraire, elle défendait un point de vue, nourri de cultural studies et de sociologie bourdieusienne. Il semble que ce soit de cette exigence que France Culture s’est lassée, se séparant de Pascale Casanova en 2010, après vingt-cinq ans d’excellents services : elle avait fait ses débuts sur la chaîne en 1984 comme productrice déléguée à l’émission phare de la mi-journée, « Panorama ».

Mais Pascale Casanova avait une autre corde à son arc : la recherche. Où elle déployait son érudition et sa capacité à renouveler les approches. Dans Beckett l’abstracteur (1997) comme dans Kafka en colère (2011), elle est entrée dans l’intimité de l’écriture et de l’univers intellectuel de ces deux grandes figures pour en donner des interprétations pénétrantes et revigorantes. Quant à son ouvrage capital_, La République mondiale des lettres_ (1999), publié au Seuil comme ses autres livres, il révèle les luttes menées par les écrivains les plus révolutionnaires pour se délivrer des assignations et des contraintes de toutes sortes. L’Université française n’ayant pas voulu d’elle, c’est l’université états-unienne de Duke, en Caroline du Nord, marquant ainsi la reconnaissance internationale de son travail, qui lui a offert un poste de « visiting professor ». Pascale Casanova était elle aussi combative. Son esprit audacieux allait à l’encontre d’une époque de plus en plus frileuse. Sa mort nous prive d’une femme et d’une intellectuelle remarquables.


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