« Lost in La Mancha » : l'impossible « Don Quichotte » de Terry Gilliam

France 2 diffuse ce soir le documentaire de Keith Fulton et Louis Pepe, récit du naufrage cinématographique de l'adaptation du chef-d’œuvre de Cervantes.

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Quel titre pourrait mieux lui ressembler que « Don Quichotte » ? On retrouve sa folie, sa passion, son humour, fantasme et réalité, héroïsme, chevalerie et fantaisie : tout Terry Gilliam est dans l’œuvre de Cervantes. Hanté par cette œuvre, le cinéaste avait entamé son projet d’adaptation en 1991. Dix ans plus tard, il s’apprête enfin à tourner L’homme qui tua Don Quichotte. Mais déjà, il a perdu l’un de ses premiers financeurs, passant d’un budget de 40 millions de dollars à 32. Or son projet est démesuré, démentiel. Pour bien faire, Gilliam le sait, il lui faudrait le double de cette somme. Son univers est bien trop élaboré pour de petits budgets, trop excentrique pour Hollywood. À vrai dire, chacun de ses films a toujours été un combat pour ce réalisateur jugé « ingérable » (L’Armée des douze singes, Las Vegas Parano, Brazil)…

Plans et maquettes ont servi à la préparation du film. Jean Rochefort joue Don Quichotte, Johnny Depp et Vanessa Paradis sont à ses côtés. Keith Fulton et Louis Pepe se sont glissés dans la fourmilière de ces préparatifs pour filmer de l’intérieur le travail de Gilliam, recueillir les témoignages des techniciens et assistants, des responsables de la production et du cinéaste lui-même. Où l’on assiste, à la veille du tournage en Espagne, à un vaste foutoir, avec des acteurs éparpillés sur la planète, des masques ici, des costumes là, des effets spéciaux un peu partout. Très vite va rôder le spectre des Aventures du Baron de Münchhausen, un précédent film de Terry Gilliam, dont le tournage avait été compliqué, avec un budget explosif. Pour ce Don Quichotte, ce sera pire.

Après une accumulation invraisemblable d’incidents et de contraintes, jusqu’à une météo dramatique et le survol affreusement bruyant d’avions militaires au-dessus de l’espace du tournage, Jean Rochefort, terrassé de douleurs, devra rentrer à Paris. Diagnostic : une double hernie discale, qui l’empêche de monter à cheval. Le film ne se fera pas, perdu dans les arcanes du financement et des assurances. C’est aussi cette désolation que filment Keith Fulton et Louis Pepe. Comme s’il pesait une malédiction. Parce qu’en 1957 déjà, Orson Welles avait songé à une adaptation. Son film est resté inachevé. Pour Terry Gilliam, il lui faudra attendre plus de quinze ans encore…

Lost in La Mancha, ce mardi 9 octobre, à 0h20, sur France 2, et en replay jusqu’au 16 octobre (1h30).


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