Dossier : Le climat n’attend plus les États

Valérie Masson-Delmotte : « Les grands changements viennent des citoyens »

La climatologue Valérie Masson-Delmotte observe que ce sont les actions individuelles et collectives qui pousseront les gouvernements à agir contre le réchauffement et y voit des raisons de rester optimiste.

Le rapport spécial du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) s’est penché sur 6 000 publications scientifiques afin de poser les enjeux d’un réchauffement stabilisé à 1,5 °C. Une somme d’informations précieuses pour les gouvernements, à l’origine de la demande de ce rapport au moment de la COP 21, en décembre 2015 à Paris. Valérie Masson-Delmotte réaffirme que la situation actuelle est irréversible mais pas désespérée, grâce aux mobilisations sur le terrain.

Quelle est la mission du Giec pour ce rapport spécial ?

Valérie Masson-Delmotte : Nous devons faire le point sur les connaissances scientifiques de la manière la plus exhaustive et rigoureuse possible, car, au moment de la COP 21, il n’existait pas beaucoup d’éléments précis pour évaluer ce que l’on gagnerait à être plus ambitieux ou ce que l’on perdrait à l’être moins. En clair : quels impacts nous éviterions en stabilisant le réchauffement à 1,5 °C plutôt qu’à 2 °C. Ensuite, nous remettons nos conclusions aux gouvernements. Pour cela, nous mobilisons des auteurs de toutes les régions du monde et de toutes les disciplines scientifiques, ce qui est nouveau.

Nous avons aujourd’hui beaucoup plus de participants issus des sciences sociales, car, en fin de compte, la transformation des sociétés ne pourra se faire sans l’apport de ceux qui connaissent le mieux ces modes d’organisation. Les changements qui permettraient de stabiliser l’évolution du climat à un niveau bas doivent se penser en système. Ils relèvent des gouvernements et de la communauté internationale, mais aussi des responsables locaux et des comportements individuels.

Cet objectif de 1,5 °C est-il réaliste ou utopique ?

Si nous ne faisons rien, si le réchauffement continue à ce rythme, le seuil de 1,5 °C sera dépassé en 2040. Autant dire demain ! L’affirmer, ce n’est plus seulement s’inquiéter pour les générations futures, mais regarder le monde auquel devront faire face nos enfants quand ils seront adultes. Si nous voulons stabiliser le réchauffement, il nous faudra mener une action sans précédent dans la prochaine décennie.

Ce focus sur une limitation du réchauffement à 1,5 °C n’est pas une question d’utopie, c’est d’abord une prise de conscience de ce qui nous arrivera à court terme, quoi qu’on fasse, puis de l’effort à fournir pour éviter des risques supplémentaires dans les décennies à venir. Certains de mes collègues ont choisi d’appréhender notre rapport sous l’angle de l’Anthropocène, cette notion qui montre les intersections profondes entre nos choix, nos non-choix et le reste de la planète. Là est la question essentielle : nous perturbons les écosystèmes à l’échelle planétaire, que sommes-nous prêts à faire pour stabiliser cette perturbation ?

Quels sont les effets déjà visibles du réchauffement climatique ?

Dans la majorité des régions du monde, ces effets sont déjà présents. Aujourd’hui, l’ampleur des changements de température est la plus forte en Arctique. Plus généralement, le réchauffement conduit à des vagues de chaleur sur terre et en mer. Ces dernières années, la disparition des récifs de coraux en raison de cette chaleur inhabituelle a été spectaculaire ! Les fortes précipitations sont plus fréquentes également. La montée du niveau des mers affectera de plus en plus les populations exposées aux risques de submersion côtière. Dans certaines régions, même un très faible réchauffement aura des conséquences nettes, par exemple sur les ressources en eau dans le sud de l’Afrique ou sur le pourtour méditerranéen.

Ce sujet a notamment été porté politiquement par les petits États insulaires en développement, confrontés à des risques croisés : leur activité dépend de la santé des écosystèmes, que ce soit pour la pêche ou le tourisme. Or ils sont très exposés aux risques d’événements extrêmes tels que les pluies torrentielles associées aux ouragans ou la montée du niveau des mers. Sans oublier les déplacements d’espèces de poissons dans un monde plus chaud, qui pénaliseront en priorité les petites pêcheries tropicales.

Incendies gigantesques en Californie, sécheresse en Suède, inondations en Inde, typhon au Japon, records de chaleur partout dans le monde… Les phénomènes météorologiques de cet été sont-ils imputables au réchauffement climatique ?

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