« Victor Hugo a pris des risques incroyables »

Une fiction raconte le tournant politique du poète, qui, en 1850, devient républicain. Réalisée par Jean-Marc Moutout, cette mini-série de France 2 honore le service public.

La télévision publique peut répondre à sa mission. La preuve : elle programme en début de soirée une fiction passionnante, Victor Hugo, ennemi d’État. Non un récit empesé de la vie de l’auteur des Misérables, mais une mini-série haletante sur le tournant politique, entre la révolution de 1848 et le coup d’État de 1851, de celui qui a commencé du côté royaliste pour finir à gauche, républicain, sur les bancs des Montagnards.

Dans cette œuvre découpée en quatre épisodes, Victor Hugo, interprété par un très ­convaincant Yannick Choirat, défend les grands principes éthiques, se fait le porte-parole des plus pauvres, s’engage dans le combat des idées en créant un journal, écrit des discours lyriques et foudroyants, tient tête à Louis-Napoléon avant de le désigner par l’épithète qui lui restera, « le petit », protège ses fils et sa femme (Nade Dieu) et se perd entre ses maîtresses, la légitime, Juliette Drouet (Isabelle Carré), et les autres.

Poète, Victor Hugo est aussi un ogre mégalomaniaque et profondément humain qui se met en scène à l’Assemblée nationale et aime les femmes comme un forcené. Telle est en tout cas la manière dont Jean-Marc Moutout le montre, dans une réalisation précise et trépidante, qui n’escamote aucun des enjeux politiques du moment. Pas étonnant de la part d’un cinéaste talentueux, auteur notamment de Violence des échanges en milieu tempéré (2003) et de De bon matin (2011).

La télévision publique n’avait jamais consacré de fiction à Victor Hugo. Comment votre projet est-il né ?

Jean-Marc Moutout : Il y a tout de même eu un téléfilm, au début des années 2000, qui s’intitulait La Bataille d’Hernani. Quant à Victor Hugo, ennemi d’État, le projet est venu d’Iris Bucher, qui est productrice de fictions. Il s’agissait de suivre Victor Hugo entre 1848 et 1851, sa métamorphose politique et sa vie amoureuse. Quand un réalisateur a été recherché, on m’a joint pour deux raisons : parce que j’ai déjà une expérience de films de télévision (j’ai réalisé deux épisodes du Bureau des légendes) et parce que j’ai tourné des films politiques.

Ce qui signifie donc que l’intention première était résolument politique…

Oui. La colonne vertébrale du projet était de raconter comment Victor Hugo est passé de royaliste à républicain. Outre le romanesque de la saga familiale et sentimentale, auquel Iris Bucher tenait aussi beaucoup, l’objectif était de mettre en fiction un sujet politique.

Est-ce ce qui vous a attiré ?

Se voir proposer un film historique qui parle d’une révolution et d’un grand personnage, autrement dit une fiction avec Victor Hugo, des barricades de 1848 au coup d’État de 1851, était très excitant ! L’enjeu intellectuel et artistique était formidable.

France Télévisions était-elle alors déjà partie prenante ?

Oui. C’est le pôle documentaire qui était en charge du projet, dirigé par Catherine Alvaresse. À l’origine, lors du premier rendez-vous, il était question d’un docufiction. Mais, quelques mois plus tard, j’ai remis un scénario qui était de la pure fiction. Et celle-ci a fini par s’imposer.

Comment ne pas tomber dans le piège du Victor Hugo statufié, parce que monument de notre patrimoine ?

D’autant que le premier hugolien que nous avons rencontré, Guy Rosa, nous a dit qu’Hugo était irreprésentable ! Avec ma coscénariste, Sophie Hiet, nous l’avons abordé comme tout autre personnage, en refusant l’hagiographie.

Deux livres nous ont été fort utiles : la biographie de Jean-Marc Hovasse, qui a une approche complexe de l’écrivain, et le livre de Jean-François Kahn, Victor Hugo, l’extraordinaire métamorphose, qui est très vivant et nous plonge dans les débats politiques du moment. Faire parler Hugo, écrire les dialogues, pouvait paraître intimidant. Il a fallu se lancer. Quant à ses discours à l’Assemblée nationale, ils sont tous authentiques.

Comment Yannick Choirat a-t-il été choisi et comment s’est-il emparé du rôle ?

Je l’ai choisi au terme d’un casting dont les essais ont d’abord consisté à dire un discours. Parce qu’il a une forte expérience théâtrale, notamment avec Joël Pommerat et son spectacle sur la Révolution, il s’en est remarquablement sorti. Il a en outre un physique de cinéma. Quand il lui a fallu endosser le rôle, il m’a surpris et épaté. Il aurait pu être très impressionné, ce qui n’a pas été le cas.

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