« Comment France Télévisions me broyait »

L’économie du groupe repose massivement sur l’emploi de CDD dans tous les métiers. Cette armée de précaires sera la première à subir la réforme de l’audiovisuel public.

Hugo Boursier  • 21 novembre 2018 abonné·es
« Comment France Télévisions me broyait »
© photo : JACQUES DEMARTHON/AFP

Au 27, rue Louis-Blanc, dans le Xe arrondissement de Paris, la longue façade vitrée du conseil des prud’hommes s’affaisse légèrement vers l’arrière, comme si elle glissait sur le soleil rasant de cette matinée de novembre. Chaque année, à l’image du lieu en déséquilibre, des dizaines de salariés de France Télévisions s’y rendent à reculons, contraints de porter plainte contre leur employeur pour obtenir un CDI. L’entreprise publique, qui caracole en tête de l’audimat avec plus de 28 % des parts de marché en 2017, détient aussi un record moins glorieux, celui du nombre de condamnations judiciaires pour recours abusif aux CDD.

Ces premiers rendez-vous aux tribunaux remonteraient au temps de l’ORTF, il y a presque cinquante ans. Les CDI, alors en majorité, ont peu à peu laissé place aux CDD, souvent pour « pourvoir durablement à un emploi lié à l’activité normale et permanente de l’entreprise (1) », ce qui est illégal. Un rapport de 2016 réalisé par la Cour des comptes (2) cite une maquilleuse en contrat précaire depuis décembre 1975, ou encore une scripte du JT de France 3 « titulaire de 650 CDD sur une période de douze ans ». Des exemples loin d’être des cas isolés. Entre 2010 et 2015, toujours selon ce document, 207 salariés en CDD ont obtenu un CDI grâce aux prud’hommes, tandis qu’en 2015 299 demandes de requalification étaient toujours en cours.

« C’est un contentieux absolument énorme, explique Me Ktorza, une des avocates historiques de ces dossiers. Depuis vingt ans, pas une semaine ne passe sans une audience aux prud’hommes », résume-t-elle. La situation coûte cher à l’entreprise. Rien qu’en 2014, pas moins de 9 millions d’euros ont été dépensés par le groupe – financé à 90 % grâce à la redevance publique – dans le seul cadre des requalifications en CDI. Selon un rapport de 2017 (3), le coût total des condamnations conclues entre

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