« Un monde à portée de main », de Maylis de Kerangal : La fille de l’art

Un monde à portée de main est un superbe roman de formation où Maylis de Kerangal raconte l’histoire d’une jeune femme apprenant à peindre, à aimer et à entrer dans la vie.

La phrase de Maylis de Kerangal n’a pas dévié. Ou, plus justement, elle continue de jaillir en torrent, de charrier de multiples images, de souffler avec la puissance d’une forge, de se précipiter dans cette direction-ci pour se rabattre vers ce point-là, et par sa vitesse, son jet et sa souplesse d’emporter le lecteur dans son mouvement. La phrase de Maylis de Kerangal ne s’est pas lissée, amollie ou étrécie malgré le succès phénoménal de son roman précédent, Réparer les vivants, adapté au théâtre et au cinéma, dont l’effet aurait pu être délétère.

L’auteure revient, après quatre ans de quasi-silence (1), avec Un monde à portée de main, œuvre sereine et souveraine, dont l’argument, sans doute moins spectaculaire qu’une course contre la montre pour réaliser une greffe du cœur, a de nombreuses résonances plus ou moins secrètes.

Paula Karst, à l’orée de ses 30 ans, travaille sur des chantiers où elle peint des décors de cinéma, des fresques et des intérieurs de villa, imitant l’apparence de matières, de végétaux ou d’animaux. Elle rejoint deux de ses camarades de l’école où elle a appris son métier, Katia et Jonas, dont elle est restée très proche.

Après quelques pages d’exposition, le roman opère un flash-back six ou sept ans en arrière, quand Paula faisait ses premiers pas dans une école de peinture à Bruxelles. Elle était jusqu’alors une jeune fille sans passion particulière, habitant chez ses parents à Paris et ne sachant exactement à quoi elle se destinait. Quand soudain les tubes de couleurs et les odeurs de térébenthine sont devenus ses éléments quotidiens et nécessaires.

Un moment à portée de main est un roman de formation. D’abord au sens littéral. Une formation exigeante, spécialisée, physique. Sur plusieurs mois, Paula doit assimiler une quantité considérable de techniques, habituer son corps, qui doit s’endurcir, à peindre dans des positions inconfortables.

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