Alain Jean-Marie : Une légende très discrète

Neuf pianistes français ont enregistré un coffret exceptionnel de piano solo. Parmi eux, Alain Jean-Marie, musicien be-bop et de biguine, un des accompagnateurs les plus recherchés de Paris, et soliste quand il le veut bien.

Quand son père allait au bal à Pointe-à-Pitre, il ne savait pas que son fils de 14 ans jouait dans l’orchestre. « Je me planquais derrière le piano pour qu’il ne m’aperçoive pas », sourit Alain Jean-Marie en rentrant la tête dans les épaules, ratatinant sa silhouette comme pour se fondre dans le clavier. Il met les mains sous le menton, presque à la hauteur de la table sur laquelle il a disposé des tablettes de chocolat. Du blanc à la noix de coco. Avec le café qu’il sirote, ça fait noir et blanc comme les touches. « Il est mort quand j’avais 22 ans, trop tôt pour connaître mes premières belles récompenses », regrette ce grand pianiste, qui n’a pas eu le bac mais dont les murs du salon sont tapissés de livres, tandis qu’un volume de Kierkegaard dans « La Pléiade » est posé sur la table basse.

Il a joué avec les plus renommés mais n’apprend que maintenant, à 73 ans, à lire la musique. Un peu de solfège tous les jours, comme d’autres se mettraient à une langue étrangère. Il a beau savoir comment ça doit sonner, il trouve l’exercice ardu. « Il y a beaucoup à lire sur une partition de piano. Je commence par des choses simples. Arrive un âge où le cerveau connecte moins bien… » L’autodidacte s’attelle à la tâche pour calmer des complexes, par goût du défi, mais surtout pour pouvoir répondre aux propositions de musiciens qui lui envoient des partitions réarrangées et des compositions personnelles.

« Les jeunes sortent des écoles avec un haut niveau de savoirs et de connaissances, ils jouent de plus en plus sophistiqué, ils m’apprennent beaucoup. Je leur apporte mon expérience, je suis parfois un peu dépassé », souffle-t-il en baissant ses paupières fines avec une modestie étonnante chez celui qui a accompagné Chet Baker, Abbey Lincoln, Johnny Griffin, Lee Konitz, Charlie Haden, Dee Dee Bridgewater, André Condouant, Roger Raspail… « Je suis sideman : “l’homme d’à côté”… » Il a quand même pris la première place pour un album solo, Afterblue, dont il a cru que ce serait son dernier, une méchante tendinite laissant planer comme un mauvais présage. Mais un ostéopathe l’a sauvé. Et son Afterblue traversé d’angoisses testamentaires a reçu le prix Boris-Vian de l’Académie du jazz (meilleur album de jazz français) en 1999 et lui a valu un Django d’or, le sacrant meilleur musicien français de jazz en 2000.

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