DoubleBob : Un auteur très habité

Avec Mes Locataires, DoubleBob dessine/écrit la vie en soi. Une expérience trouble et poétique.

C’est un tout petit carnet qui tient dans le creux de nos pognes. Tout y est fait main, écrit, dessiné, découpé, scotché, jusqu’à l’ISBN collé dans un coin. D’ISBN, il n’y eut d’abord pas, l’ouvrage ayant été produit en micro-édition par L’Allumette, avec couverture sérigraphiée et reliure manuelle, avant d’être retravaillé par le FRMK, éditeur traditionnel de DoubleBob. Comme Base/Zone, son livre précédent, Mes Locataires se glisse dans la poche : il se lit tel qu’il a dû être écrit.

DoubleBob pérégrine et s’arrête par-ci par-là, il dessine en cours de route ou posé dans sa caravane immobile, chope de drôles de supports – papiers, bouts de ci, bouts de ça, et ici un vieux facturier bien jauni, avec ses lignes rouges et ses formules répétitives, rouges aussi, qui revit, habité soudain par des locataires d’encre bleu carbone, quelques coups de correcteur blanc et du scotch de peintre à peine opaque.

Les locataires ? Chaque individu possède « un corps tangible mais aussi six chambres/corps […] qui doivent être vides ». Parfois, elles s’emplissent, contenant alors chacune deux entités. Soit un total de douze êtres, rationalise une femme médecin et magicienne dans un petit schéma circulaire. « C’est comme si on enfermait plusieurs personnes dans une même pièce trop longtemps », image-t-elle, avant d’entamer un questionnaire tout psy (« Vous peinez à garder le contrôle ? Est-ce que vous avez des pensées incohérentes ? ») et de conclure : « Nous allons arranger ça. »

© Politis

Ça. On oublie, ou pas, la psychanalyse et ses pulsions inconscientes. Ça, ce sont douze personnages et six duos, dans des corps entre caverne et cocon. Le premier nous met immédiatement dans le bain. Il a un gros crâne et un petit museau, des yeux ronds et une langue humide, il est plein de bouteilles et de gouttes, souvent il se pisse dessus. « Je l’aime. Il sait que rien n’a d’importance. » Son binôme a un air malicieux, un sac à dos et la braguette ouverte. Elle s’appelle Jésus et se chamaille avec le premier. C’est compter sans la « soigneresse » : tchac, d’un coup de couteau, le cordon est coupé.

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