La Révolution française : une reprise ?

La référence à 1789 a beaucoup servi ! Mais, dans le cas des gilets jaunes, elle nous dit quelque chose de vrai.

Louis XVI », « cahiers de doléances », « privilèges »… Le mouvement des gilets jaunes réveille les allusions à la Révolution française. Comme d’habitude ? Au moindre soubresaut de la vie politique, sociale ou médiatique, le retour de la « Révolution » est aussitôt invoqué, avec l’évidence familière d’un « r » majuscule rappelant combien nous la voyons encore comme la Révolution-mère, au sein de laquelle nous continuons de téter lorsque l’histoire vacille. Cette obstination à vouloir reconnaître dans chaque nouvelle crise collective le retour de « 89 » révèle le syndrome collectif qui nous conduit, comme Norman Bates dans Psychose, à conserver une relation fusionnelle avec le cadavre de notre mère.

Fabriqué sous la IIIe République, le roman national de la Révolution française nous y a attachés tout en tuant l’événement, nous empêchant de le comprendre pour ce qu’il fut : un moment paroxystique d’effraction, d’incertitude, de rupture, de conflit et de radicalité, dans lequel se sont forgés de nouveaux communs.

Cette révolution-là, nous la savons moribonde. Dès le XIXe siècle, la « patrie », la « nation », « La Marseillaise » ou le drapeau tricolore ont été détournés de leur portée inclusive et universaliste, favorisant les replis identitaires. Depuis les années 1970, révulsées par les régimes communistes, déroutées par la révolution islamique (1979), les sociétés libérales ont ensuite fait de l’utopie, de la révolte et de la révolution les antichambres de toute forme de totalitarisme, voire de terrorisme. Or, en même temps qu’elle disparaissait des pratiques collectives, mais aussi des références de tous les groupes politiques, y compris de gauche radicale – comme l’a montré Florence Johsua dans Anticapitalistes (La Découverte, 2015) –, la révolution envahissait le quotidien comme monument du patrimoine, comme produit d’appel ou élément de langage, si bien qu’en 2016 le candidat Macron faisait campagne avec un livre-programme en son nom_…_ Neutralisée, la Révolution était même méthodiquement retournée, banalisant dans l’espace public des idées jadis défendues par les anti-Lumières ou la contre-révolution.

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