Les femmes de chambres en grève font plier le Park Hyatt Vendôme

En grève depuis presque trois mois, les salariées ont obtenu du palace parisien un statut collectif, un alignement à la hausse de leurs salaires et le maintien de leurs représentants du personnel.

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Après trois mois de bras de fer, et au terme d’une négociation de huit heures ce vendredi 21 décembre, les salariées en sous-traitance ont arraché à la direction du palace parisien Park Hyatt Vendôme des avancées et des sécurités pour leurs conditions de travail. Bien qu’il n’ait pas plié sur l’internalisation, l’hôtel a accepté de sécuriser les salariées en leur accordant un statut collectif largement supérieur aux minima conventionnels de l’hôtellerie et la propreté, de leur permettre de conserver leurs représentants et un alignement des salaires de l’hôtel sur les salaires les plus élevés du groupe. « C’est un exemple à suivre pour l’ensemble des salarié·e·s de la sous-traitance en France et un pas vers la reconstitution de la communauté de travail dans les entreprises », s’est félicitée la CGT dans un communiqué.

La veille encore, pour leur 87e jour de grève, les femmes de chambre du Park Hyatt Vendôme n’avaient pas perdu leur voix : « Femmes de chambre en colère, il y en a marre de la misère ! » Pendant une heure, devant le palace parisien, les slogans rythmés par les trois tambours se succédaient sous les yeux des passants. Par terre, les grévistes avaient répandu des magazines déchirés, pour représenter la pénibilité de leur travail. La plupart des piétons s’agaçaient du bruit, ce qui n’empêchait pas les grévistes d’être respectueux et d’arrêter les tambours lorsqu’un jeune couple est passé avec un nourrisson. Sur la trentaine de manifestants, beaucoup portaient un drapeau ou un autocollant CGT. Des membres de l’union départementale de Paris du syndicat étaient venus en soutien, ainsi que les salariés en grève du Théâtre de la Commune, à Aubervilliers.

« STN voyou, Hyatt complice ! »

Certaines femmes de chambre travaillent depuis quinze ans dans l’hôtel, sans avoir jamais été salariées du groupe Park Hyatt. Elles sont les employées d’une entreprise de sous-traitance, STN. Les grévistes demandaient à être internalisées, afin de faire partie intégrante du personnel de l’hôtel et de bénéficier de la même convention collective que leurs collègues. D’ailleurs, 9 salariés de l’hôtel étaient en grève pour soutenir les femmes de chambre.

Les grévistes étaient déterminées à remonter dans l’hôtel la tête haute, en ayant obtenu des avancées pour leurs conditions de travail. Nora est déléguée syndicale chez STN et déléguée du personnel au Park Hyatt Vendôme. Elle explique qu’avant 2013, la situation des femmes de chambre était catastrophique. À cette époque, les salariés précaires arrivaient au travail sans savoir à quelle heure elles pourraient partir, elles étaient payées « à la chambre » et devaient déjeuner sur le parking, pendant que les salariés de l’hôtel avaient accès à la cafétéria. Elles se sont organisées et syndiquées, et à la suite d’une lutte victorieuse, elles ont obtenu un treizième mois, la possibilité de prendre des pauses, de déjeuner avec tout le monde, et surtout la suppression de la clause de mobilité. Cette clause permettait à l’hôtel de muter une salariée sur un établissement du groupe sans concertation. « On a pu se présenter aux élections professionnelles et on a obtenu des élus », explique Nora. Ces élus au CE et au CHSCT ont permis d’obtenir des avantages pour les salariés, comme des chariots moins lourds ou la suppression de la rémunération à la chambre.

« Un véritable pied de nez aux ordonnances Macron »

Sur les 60 salariés de STN qui travaillent au Park Hyatt Vendôme, 50 étaient en grève. Afin de pallier le manque de personnel, l’hôtel et STN s’étaient entendus et employaient d’autres personnes. Ces nouvelles femmes de chambre étaient rémunérées 5 euros de moins par heure que les grévistes. Pour la troisième réunion de négociation entre représentants des grévistes et ceux de STN et de l’hôtel, le 21 décembre, le Park Hyatt Vendôme avait prévenu qu’il ne céderait pas sur l’internalisation, bien qu’il soit le seul palace parisien à avoir recours à la sous-traitance. Les grévistes avaient elles aussi tracé leur ligne rouge : la garantie de conserver leurs représentants du personnel. Car les ordonnances Macron ne permettent plus aux salariés d’entreprises de sous-traitance d’être représentés dans les conseils d’une entreprise. Ce qui a fait dire à la CGT que l’accord obtenu par les salariées du Park Hyatt Vendôme était « un véritable pied de nez aux ordonnances Macron ».


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