Six mois de Macron avec sursis

Après la terrible journée du 1er décembre, le gouvernement gèle jusqu’en mai plusieurs mesures contestées et promet un dialogue. Très loin de l’énorme malaise révélé par les gilets jaunes.

Apaiser la situation pour éviter qu’elle dégénère. Gagner du temps. Ne pas se dédire. Les réponses de l’exécutif aux revendications des gilets jaunes, dévoilées mardi par le Premier ministre, ont manifestement été calibrées pour répondre à ces trois préoccupations de… la majorité. Calmeront-elles la profonde colère sociale et l’exigence d’égalité qu’ont révélées trois semaines de blocages et de manifestations violentes ? Il serait présomptueux de le penser. Le moratoire sur la hausse des taxes sur les carburants prévue au 1er janvier, revendication initiale des gilets jaunes, n’est au sens strict qu’un délai concédé avant que cette hausse ne s’applique. C’est un geste « insuffisant », avaient déjà réagi plusieurs figures du mouvement, réclamant une refonte de la fiscalité et une hausse des salaires et des pensions.

Le gouvernement y ajoute le gel des tarifs du gaz et de l’électricité, dont les tarifs devaient augmenter au 1er janvier et suspend aussi les modalités de durcissement du contrôle technique des véhicules qui devait intervenir à cette même date. Toutes ces suspensions sont accordées pour six mois afin, a précisé Édouard Philippe, de « permettre d’engager un vrai dialogue sur les préoccupations exprimées » ces dernières semaines par le mouvement des gilets jaunes. En repoussant ainsi de trois à six mois la « concertation » annoncée, le 27 novembre, par Emmanuel Macron dans son discours sur la transition écologique, l’exécutif espère faire retomber la pression d’ici aux élections européennes du 26 mai, qui se tiendront donc juste avant la fin de ce sursis.

Cette reculade, car c’en est une, n’est donc pas dénuée d’arrière-pensées électorales même si, dans son allocution, le Premier ministre l’a justifiée par la nécessité de mettre fin aux violences qui, « depuis le début du mouvement », ont causé la mort de « quatre de nos compatriotes » et fait « plusieurs centaines de blessés ». Après avoir parié sans succès sur le pourrissement du mouvement et sa division, le gouvernement longtemps sourd à la colère qui s’exprimait sur des ronds-points, des péages, près de zones commerciales ou dans les rues de nombreuses villes de France, n’avait guère d’autre choix que de céder un peu.

Samedi 1er décembre, le torrent est sorti de son lit et il est devenu patent que la seule réponse policière ne parviendrait pas à l’endiguer. À Paris, la mobilisation des gilets jaunes « acte III » a totalement débordé le périmètre où le ministère de l’Intérieur et le préfet de police prétendait le canaliser. Avec plus d’ampleur et de violence que la semaine précédente quand, refusant l’assignation de se rassembler au Champs-de-Mars, ils avaient déboulé sur les Champs-Élysées et s’étaient longuement heurtés aux forces de l’ordre, les gilets jaunes rejoints par des cheminots et des habitants des quartiers venus à l’appel du comité Vérité pour Adama étaient bien plus nombreux dans les rues du centre de la capitale que dans la « fan zone » où Christophe Castaner avait imaginé enfermer leur rassemblement.

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