SOS Méditerranée : « L’Italie a une politique délibérée anti-sauvetages »

Objet d’une campagne de dénigrement, l’Aquarius ne sera plus affrété par SOS Méditerranée. Explications de Sophie Beau, directrice générale de l’ONG, en quête d’un autre bateau.

Tous les bateaux de sauvetage en mer ont été criminalisés. Dont l’Aquarius, ont dénoncé Frédéric Penard et Sophie Beau, de SOS Méditerranée, en expliquant, le 7 décembre à Paris, pourquoi cette ONG citoyenne renonçait à affréter le cargo à coque orange, trois ans après son lancement. Depuis sa première mission, le 26 février 2016, l’Aquarius a sauvé 29 523 personnes, d’abord avec Médecins du monde, puis avec Médecins sans frontières. Aujourd’hui, il est bloqué à Marseille par une procédure judiciaire visant ses déchets.

« L’acharnement contre l’_Aquarius _ne semble pas devoir s’arrêter. Les gens meurent en mer et, pendant ce temps, l’Aquarius est à quai », a résumé Frédéric Penard. « Double symbole, l’_Aquarius _représente la faillite des États européens en matière de droits de l’homme et d’assistance à personne en danger, mais aussi l’espoir d’une action de sauvetage d’envergure financée par des citoyens », a ajouté Sophie Beau.

La fin de l’Aquarius ne signifie pas pour autant la fin de SOS Méditerranée, qui cherche un autre bateau : « Nous allons reprendre la mer. Nous devons reprendre la mer », a lancé la directrice générale de l’ONG. Sophie Beau explique pour la première fois comment la campagne contre les navires de sauvetage a été lancée par l’Italie.

À quel moment avez-vous pris conscience de la campagne menée contre les bateaux de sauvetage ?

Sophie Beau : Dès début 2017, nous avons pris conscience d’attaques parties de la fachosphère italienne pour s’étendre aux médias installés, puis à certains membres de la classe politique, d’abord en Italie et jusqu’en France. Mais ça n’est qu’au moment de la révocation du pavillon de l’Aquarius par le Panama, la deuxième en un mois après celle de Gibraltar, que nous avons réellement pris la mesure du harcèlement politique dont il était l’objet : les autorités maritimes panaméennes ont annoncé avoir été forcées de le révoquer « sous pression italienne ». Tout a pris sens : l’Italie a développé une politique délibérée et structurée pour stopper les sauvetages en mer. Dès le début 2017, on a pu observer un changement de rhétorique vis-à-vis des navires affrétés par des ONG. Le coup est parti du directeur de Frontex (Agence européenne de gardes-frontières et de garde-côtes), Fabrice Leggeri, qui déclarait en décembre 2016, dans un entretien au Financial Times : « Il faut éviter de soutenir l’action des réseaux criminels et des passeurs en Libye en prenant en charge les migrants de plus en plus près des côtes libyennes. » Il sous-entendait qu’il y aurait collusion entre ONG et passeurs. Il est revenu sur ses déclarations ensuite, mais le mal était fait. Les ONG étaient accusées spécifiquement, alors même qu’en 2016 elles ne représentaient que 20 % des sauvetages en mer.

Comment a réagi SOS Méditerranée ?

« L’agence européenne nous demande-t-elle d’arrêter de secourir ceux qui se noient, ou de décroître en efficacité ? » avons-nous demandé dans un communiqué, le 3 mars 2017. En quelques semaines, le feu avait tellement pris que le gouvernement italien a lancé deux enquêtes parlementaires. Tous les acteurs du sauvetage en mer ont été auditionnés, dont SOS Méditerranée.

J’ai dû répondre à des questions du type : « Pourquoi les navires de sauvetage font-ils des appels de phares la nuit ? » « Pourquoi éteignez-vous vos outils de signalement par satellite ? » – des allégations fausses, car nous respectons strictement les règles de navigation et de sécurité. Les ONG étaient utilisées pour servir un discours sur le thème de l’appel d’air et de l’invasion.

D’où le comité qui vous a auditionnée tenait-il de telles allégations ?

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