Chanter les réalités sociales

Du rock au rap, du punk à la techno, l’histoire des musiques populaires est faite de sentiers sinueux où chaque génération réinvente sa résistance aux impératifs commerciaux et à la domination de l’establishment.

À quoi servirait une histoire populaire du rock ? Nos luttes et nos rêves, selon l’expression de Michelle Zancarini-Fournel, ont vibré aux rythmes des musiques populaires. Depuis la fin des sixties, de Jimi Hendrix au « Fortunate Son » de Creedence Clearwater Revival, le rock a électrifié les mobilisations contre la guerre du Vietnam. Au cours de la décennie suivante, le succès du disco fut un révélateur des fractures sociales et raciales aux États-Unis. Stigmatisé par une partie de l’Amérique blanche viriliste, à l’instar de Steve Dahl, animateur de radio et instigateur de la Disco Demolition Night de Chicago en 1979 (1), il resta pour ses adeptes, toutes origines et orientations sexuelles confondues, un moyen d’affirmation et de résistance. Quand le rock perdit de son assise populaire, affadi par les impératifs commerciaux, le punk et le reggae épousèrent les aspirations rébellionnaires et antiracistes des jeunes Anglais. Contre les violences policières perpétrées envers les communautés caribéennes de Brixton ou de Notting Hill dans le sillage des discours xénophobes d’Enoch Powell, le mouvement Rock Against Racism fédéra les jeunes des quartiers populaires de Londres. Autour des Clash, du label 2 Tone et du reggae britannique, un futur plus fraternel et solidaire s’est construit, aussi radical que le nihilisme des Sex Pistols. En France, les concerts au milieu des cités de Rock Against Police dénonçaient les violences policières et rassemblaient les jeunes dits « des banlieues ». En 1986, la reprise de « Douce France » de Trenet par Carte de séjour secouera le débat public sur l’immigration en montrant la face sombre du « pays des droits de l’homme ».

Amplis, sound systems et ghetto blasters sont les alliés des opprimés : aux États-Unis, le rap des Public Enemy réactive l’idéologie du Black Power, tandis qu’en France NTM ou IAM témoignent de réalités sociales dans les banlieues françaises. « A people’s art is the genesis of their freedom », disait la militante communiste Claudia Jones.

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