Dossier : Services publics : L’Europe a bon dos

Les services publics au rouleau compresseur

L’Europe, sous l’impulsion des gouvernements des États membres, a été le cadre d’un démantèlement progressif des télécoms, des postes, du train, etc. La gauche européenne souhaite inverser la tendance.

Doucement mais sûrement. La mécanique de privatisation des services publics, qui aboutit aujourd’hui à un démantèlement d’une rare intensité, puise ses racines dans un mouvement entamé il y a plus de trente ans. Après la privatisation, à la fin des années 1980, des outils productifs nationalisés à la Libération pour reconstruire le pays (banques, assurance, sidérurgie, industries manufacturières), les dirigeants européens en viennent, une décennie plus tard, aux grands réseaux d’État des télécommunications, de la poste et du transport ferroviaire.

L’Europe s’affirme comme le cadre privilégié pour conduire cette campagne, même si la privatisation est une idée tardive dans la construction européenne. « Depuis le début de l’histoire européenne, les débats étaient nombreux et visaient davantage la coopération entre les États et leurs opérateurs nationaux que la recherche de leur mise en concurrence », relève un rapport du groupe Gauche unitaire européenne (GUE) au Parlement européen, regroupant les communistes et des partis antilibéraux, qui tire le bilan des politiques de privatisation.

L’Europe épouse le dogme de la libéralisation au tournant des années 1980, en espérant raviver la croissance et tourner la page de la crise économique de 1973. Ce processus, souvent présenté comme résultant d’un agenda « de Bruxelles », répond en réalité à une volonté des gouvernements nationaux, sans lesquels aucune décision ne pourrait être prise par les instances européennes. L’idée de coopération est alors abandonnée au profit d’une mise en concurrence. On prépare des lots, connecte les réseaux et découpe les monopoles publics pour favoriser l’intrusion de multinationales dans la gestion des réseaux. Le rapport de la GUE démonte ainsi l’idée de « concurrence libre et non faussée » qui a servi à privatiser les grands réseaux. D’une part, l’ouverture s’est souvent conduite de manière artificielle afin de favoriser l’apparition d’un secteur privé dans le domaine concerné, quoi qu’il en coûte. D’autre part, la privatisation du train, de l’électricité et des services postaux a fait émerger « un très petit nombre de grandes entreprises ». Une « concurrence oligopolistique » qui confère « aux acteurs le pouvoir de fixer eux-mêmes les prix, la variété des services… On se retrouve ainsi avec les défauts du monopole, sans ses avantages », relève le rapport. Dans les télécoms, le mouvement naturel de concentration fait aujourd’hui courir la rumeur d’une fusion entre SFR et Free (1).

La conséquence de ces grands mouvements est mesurable sur la facture des ménages. En Espagne, selon l’étude, le prix de l’énergie a grimpé de 87 % en quinze ans à la suite de la libéralisation du secteur. En France, entre 2005 et décembre 2012, les tarifs réglementés de vente du gaz naturel ont augmenté en moyenne de 80 % pour les particuliers, avant de baisser fortement, pour finalement augmenter de nouveau. L’ouverture à la concurrence a, dans le même temps, fondé des fortunes colossales, comme celle de Xavier Niel dans les télécommunications.

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