« Nous gilets jaunes des ronds-points… »

À Commercy, 75 délégations ont débattu pendant un week-end. Si l’organisation du mouvement reste la question la plus délicate, un consensus s’établit sur les principes et les revendications.

O n manque de punaises ! » crie Chantal* devant un grand panneau de contreplaqué sur lequel est dessinée une carte de France. Dans la salle polyvalente de Sorcy-Saint-Martin, près de Commercy (Meuse), chaque délégation de gilets jaunes arrivant ce samedi matin 26 janvier est conviée à marquer d’une de ces petites pointes de couleur la ville ou le village d’où elle vient. Saint-Dizier, Sète, Aurillac, Die, Saint-Nazaire, Strasbourg… Plus de 75 délégations ont répondu à l’« appel de Commercy » lancé en décembre. Diffusé en vidéo sur Internet, il invitait les gilets jaunes à se réunir localement en assemblée, sur un mode participatif et horizontal, et proposait la tenue d’une « assemblée des assemblées » à Commercy pour débattre de la coordination nationale du mouvement.

Sous une brume épaisse et une légère pluie, ce sont plus de 350 personnes qui ont donc convergé vers cette salle prêtée par la mairie. Alors qu’à l’entrée se presse une masse de gilets fluo, sur lesquels on peut lire des slogans comme « Ne vivons plus comme des esclaves », cette salle paraît chaque minute plus exiguë. Car, outre les délégations participantes, affluent des gilets jaunes « indépendants » et des curieux, à qui est donné le statut d’« observateurs ». Un statut pensé pour inclure quiconque souhaite assister au week-end, mais qui « permet d’éviter que des délégués autoproclamés ne monopolisent la parole et participent aux décisions ou aux votes qui auront lieu », explique Steven, éducateur spécialisé de 28 ans, un des Meusiens à l’origine de l’appel.

À l’extérieur, sous un chapiteau dressé pour la retransmission des débats en cas de salle saturée, les délégations font connaissance autour de boissons chaudes. « Je n’ai pas d’attentes particulières, car j’ai peur d’être déçu », confie Maurice *, qui enchaîne les cafés. Cet Ariégeois a avalé dans la nuit les 800 kilomètres qui le séparent de Commercy. « J’espère que ce week-end conduira le mouvement à se renforcer sur des bases saines, loin des idées réactionnaires et des récupérations des partis ou mouvements », lâche le quadragénaire qui affiche son antifascisme. « Moi, je viens chercher de bonnes idées, des méthodes d’organisation à expérimenter à Montpellier », ajoute Christophe, qui souhaite proposer à l’assemblée la création d’un site global de remontées d’informations concernant les gilets jaunes.

Le fonctionnement de l’assemblée a été défini en amont par les gilets jaunes de Commercy. Depuis le début de leur mouvement, né sur la place Charles-de-Gaulle, ils s’inspirent du municipalisme libertaire théorisé par l’Américain Murray Bookchin, qui dénonçait la représentation politique confiscatoire et sa professionnalisation. Il prônait un fonctionnement en assemblées, en « communes libres », dans lesquelles le pouvoir n’est délégué que lorsque c’est nécessaire et seulement dans un périmètre temporel et thématique restreint.

Assemblée des assemblées

Ce sont ces principes qui, tout au long du week-end, seront remis en question et critiqués par plusieurs délégations. Car toutes ne se sont pas créées sur un mode horizontal. Si la quasi-totalité ont respecté la parité femme/homme, certaines ont été élues par leurs assemblées locales, d’autres mandatées sur des sujets particuliers, d’autres encore désignées par tirage au sort, consensus ou manque de volontaires. En outre, peu ont reçu un « pouvoir décisionnel » de leur assemblée. Une variété de situations qui soulève d’emblée la question de la légitimité de cette assemblée des assemblées pour prendre des décisions ou adopter des textes.© Politis

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