Pascal Boniface : « Relever le défi Trump »

Dans son Requiem pour le monde occidental, Pascal Boniface conteste une vision occidentaliste qu’il juge obsolète et dangereuse. Il plaide pour une autonomie européenne.

Comment s’émanciper de la tutelle américaine sans tomber dans la sphère d’influence russe ? C’est à cette question que tente de répondre Pascal Boniface dans son dernier livre, Requiem pour le monde occidental.

Et sa réponse est celle d’un Européen convaincu, partisan d’une Europe-puissance qui agirait en considération de ses seuls intérêts, et non plus dans le carcan idéologique d’un « monde occidental » soumis en réalité à l’agenda américain. La voie est étroite dans cette Europe divisée, mais le directeur de l’Iris a le mérite de poser le débat en des termes qui échappent aux réflexes conditionnés hérités de la guerre froide.

Votre livre est un plaidoyer pour une Europe-puissance qui relèverait le défi de Donald Trump et s’émanciperait de la tutelle américaine. Mais comment l’Europe, dans l’état où elle se trouve, aurait-elle les moyens de ce bond en avant ?

Pascal Boniface : Je plaide en effet pour une Europe autonome qui ne ferait pas son agenda seulement en fonction de la peur de la Russie et sous la protection exclusive des États-Unis. Cela suppose que l’on remette en cause la notion de « monde occidental », qui, à mon sens, est historiquement dépassée. À l’époque de la guerre froide, l’Europe n’avait pas les moyens de sa sécurité : elle avait besoin des États-Unis. Depuis la fin de la guerre froide, l’Otan a survécu à la disparition de la menace qui avait justifié sa création. Et je pense que les États-Unis et l’Otan exagèrent aujourd’hui la menace russe dans le seul but de préserver une domination américaine sur l’Europe. Bien sûr, la France n’aurait pas les moyens à elle seule de ce combat. Il lui faut entraîner sinon la totalité, du moins une partie des pays européens avec elle. D’autres, comme la Pologne et les pays baltes, n’en seraient pas parce qu’ils craignent la Russie pour des raisons historiques.

Cette menace n’est-elle qu’un fantasme ?

Il y a un défi stratégique russe, pas une menace militaire.

Pour l’Ukraine et le Donbass, si…

Que la Russie veuille interférer et faire valoir ses intérêts aux dépens d’autres pays, et tente de les déstabiliser, c’est une réalité, mais il n’est pas vrai qu’elle soit une menace militaire. Je rappelle que son budget militaire est de 60 milliards de dollars, que celui des États-Unis est de 720 milliards, et que celui des pays européens membres de l’Otan est de 250 milliards.

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