Algérie : Le peuple se soulève contre Bouteflika 5

À l’appel du mouvement Mouwatana, les Algériens ont brusquement et massivement défilé dans les rues. Du jamais vu depuis trente ans.

Politis  • 27 février 2019
Partager :
Algérie : Le peuple se soulève contre Bouteflika 5
© crédit photo : FAROUK BATICHE / ANADOLU AGENCY / AFP

Ils n’ont rien vu venir, les apparatchiks algériens qui verrouillent le régime (et ses prébendes) au fauteuil roulant de Bouteflika, annoncé comme candidat à un cinquième mandat alors que le Président est plus mort que vivant depuis son AVC en 2013. À l’appel du mouvement Mouwatana, les Algériens ont brusquement et massivement défilé dans les rues, à Alger, Oran, Tizi Ouzou, Blida, Médéa, Chlef, Annaba, Sétif, Béjaïa, Ouargla, Sidi Bel Abbès, Aïn Beïda… Du jamais vu depuis trente ans. Et malgré les déploiements de la police, surprise et débordée le premier jour, la colère monte dans tout le pays, dont la majorité de la population, âgée de moins de 25 ans, n’a jamais connu d’autre chef de l’État.

Le cinquième mandat n’est d’ailleurs que la goutte d’eau qui fait déborder le vase. Les manifestants réclament l’ouverture politique, la démocratisation, des libertés publiques, et notamment celle de l’information – des journalistes de la radio publique, interdits de couvrir les manifestations, ont pétitionné en réclamant le droit d’êtres des « journalistes du service public » et non des « journalistes étatiques ».

Les revendications sociales et économiques pourraient rapidement suivre, tant domine le sentiment que les richesses du pays sont accaparées par une petite clique. Le pouvoir a réagi comme à son habitude, en jouant sur le réflexe anti-islamiste et en invoquant la « décennie noire » des années 1990 : « Vous voulez revenir aux jours de sang et de larmes, et des maisons incendiées ? » Mais cet argument ne prend plus en Algérie. Mouwatana est en train d’agréger des artistes, des chercheurs et des universitaires pour réclamer « une Assemblée constituante » et une « Algérie démocratique pour tous les Algériens ».

Monde
Temps de lecture : 2 minutes
Soutenez Politis, faites un don.

Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.

Faire Un Don

Pour aller plus loin…

Au Mozambique, TotalEnergies en fer de lance de l’extractivisme néocolonial
Écologie 29 mai 2026 abonné·es

Au Mozambique, TotalEnergies en fer de lance de l’extractivisme néocolonial

Après cinq années d’interruption, la firme française relance le chantier d’un mégaprojet gazier dans ce pays est-africain. Outre ses dévastations sociales et écologiques, ce dernier a mis sous tutelle un des États les plus pauvres du monde par une des multinationales les plus riches.
Par Martin Eteve
Soutenir ou partir : à Moscou, une jeunesse sous contrôle
Reportage 27 mai 2026 abonné·es

Soutenir ou partir : à Moscou, une jeunesse sous contrôle

Un samedi soir à Moscou, des jeunes se confient sur leur envie de quitter le pays et sa « fucking corruption », la peur d’être mobilisés au front, et le contournement des blocages d’internet. D’autres affichent leur fierté d’être russes.
Par Pauline Mussche et Fiora Garenzi
En Crimée annexée, la guerre non dite a bien lieu au quotidien
Reportage 27 mai 2026 abonné·es

En Crimée annexée, la guerre non dite a bien lieu au quotidien

Le territoire illégalement annexé par la Russie en 2014 est rattrapé par le conflit. Malgré un discours officiel prétendant que les civils conservent une « vie paisible », la population souffre d’une situation qui s’éternise, faite d’angoisse et de morts passées sous silence.
Par Pauline Mussche et Fiora Garenzi
En Crimée, « aujourd’hui, même ceux qui se taisent sont réprimés »
Entretien 27 mai 2026 abonné·es

En Crimée, « aujourd’hui, même ceux qui se taisent sont réprimés »

En Crimée annexée, des défenseurs des droits humains continuent de travailler malgré le harcèlement des autorités. Sous couvert d’anonymat, l’un des défenseurs de la minorité tatare a accepté de témoigner.
Par Pauline Mussche et Fiora Garenzi