En Syrie, le récit des survivantes de l’enfer carcéral

Il y a tout juste un an, le régime Assad tombait. Pour faire plier ses opposants, il avait eu recours à l’emprisonnement des femmes. Comme les hommes, elles ont été torturées, affamées et pour beaucoup violées. Elles sont aujourd’hui largement invisibilisées et très souvent rejetées parce que considérées comme salies.

Bushra Alzoubi  et  Céline Martelet  • 8 décembre 2025 abonné·es
En Syrie, le récit des survivantes de l’enfer carcéral
Maïssa Al-Aynia et son fils Mahmoud à Damas, le 1er décembre 2025.
© Héloïse Blondel

Elle descend discrètement d’un bus qui la dépose au milieu de l’une des plus grandes avenues de Damas, juste en face du Musée national, un havre de paix dans une capitale bruyante. Nour est grande et fine. Son pas est léger, elle marche presque sur la pointe des pieds. Enveloppée dans un long manteau qui la couvre jusqu’aux chevilles, elle semble vouloir disparaître, devenir invisible dans un pays où les blessures de guerre semblent impossibles à cicatriser.

« Je veux que le monde extérieur sache ce que j’ai subi », lâche Nour en s’installant à la table d’un café, un peu à l’écart. La Syrienne a été emprisonnée par le régime Assad pendant cinq ans, avec ses deux petites filles. Elles ont été relâchées en 2023. « Depuis que nous sommes sorties, nous avons beaucoup de mal à trouver notre place dans cette société. Les gens s’écartent de moi comme si j’allais les contaminer », raconte la mère de famille.

Il y a des blessures que je ne peux pas rouvrir. Pas maintenant.

Nour

Sa vie a basculé dans les enfers en janvier 2018. Quelques jours après son mari, elle est arrêtée au passage d’un check-point par des soldats du régime Assad. À ses côtés dans la voiture : ses deux filles. La plus jeune est encore un bébé. Nour est interrogée et torturée pendant plusieurs jours par les redoutables services de renseignement de la prison de Mezzeh, près de l’aéroport de la capitale. Ses bourreaux veulent lui faire avouer qu’elle cuisine pour les rebelles.

« Une terroriste », selon le clan Assad. Elle ne cède pas. Les coups, les insultes pleuvent. « C’était très difficile », glisse la survivante en fixant la paille qui lui sert à remuer la pulpe de son jus de fruit. « Je préfère ne pas entrer dans les détails. Il y a des blessures que je ne peux pas rouvrir. Pas maintenant. » Silence. Elle relève la tête et ajoute : « Ils m’ont battue devant mes enfants. Lors de certains interrogatoires, ils m’ont accrochée au mur. Je les ai suppliés de ne pas faire de mal à mes filles mais ils ne m’ont pas écoutée. »

Épuisée, très rapidement, Nour n’a plus de lait pour nourrir son bébé de 6 mois, dont le petit corps affamé se tord de douleur. Pour ajouter à la torture physique et la contraindre à signer des aveux, ses geôliers lui retirent ses filles pendant trois mois. « Ce jour-là, ils ont mis mon cœur en miettes à jamais. Je ne pourrais pas oublier la douleur de cette séparation. »

Double injustice

Après six mois, la famille est incarcérée à la prison d’Adra. La mère et les fillettes vont y rester pendant cinq ans. Cinq années dans une cellule partagée avec une trentaine de prisonnières et leurs enfants. À sa sortie, Nour retrouve enfin les siens mais,

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Monde
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