Dossier : Social-démocratie : L’Union européenne l’a tuée

De compromis en compromissions

Au nom de l’Europe, la social-démocratie s’est pliée à toutes sortes d’arrangements avec la droite. Jusqu’à en perdre sa raison d’être.

La social-démocratie européenne est sur un toboggan. Depuis près de deux décennies, la dégringolade de ce courant politique majeur n’épargne quasiment aucun pays du continent. En 1998, treize États membres sur quinze avaient un gouvernement à direction ou à participation socialiste ou sociale-démocrate. Aujourd’hui, ces formations ne sont plus associées aux commandes que dans trois États membres (Portugal, Espagne, Suède) sur vingt-huit. La crise que connaît, en France, le Parti socialiste, tombé à moins de 7 % à l’élection présidentielle de 2017, n’a rien d’une exception. La chute dramatique du Pasok grec est dans tous les esprits. Sur la même période, le SPD allemand, pourtant le plus ancien parti socialiste du monde, a vu son électorat divisé par deux. Et aux Pays-Bas, l’effondrement du Parti travailliste (PvdA), dont est issu Frans Timmermans, le candidat du Parti socialiste européen (PSE) à la présidence de la Commission, est spectaculaire : après avoir participé à de nombreux gouvernements depuis 1945, le PvdA ne rassemblait plus que 5,7 % aux élections législatives de mars 2017.

Les raisons de ce reflux général, que les élections européennes du 26 mai devraient confirmer, sont de plusieurs ordres qui tous ont à voir avec la construction européenne. Elles sont pour une part structurelle. Les sociaux-démocrates étant avec les chrétiens-démocrates aux origines de cette construction, à laquelle ils ont été associés à toutes les étapes, la gouvernance de la CEE (Communauté économique européenne) puis de l’Union européenne – six pays à l’origine, vingt-huit tant que le Brexit n’est pas effectif – a toujours cherché à transcender le clivage droite-gauche au profit d’une gestion consensuelle à base de compromis qui se sont révélés être, pour les premiers, des compromissions.

C’est vrai au sein du Conseil, qui réunit les ministres des États membres de bords politiques différents. C’est vrai au sein de la Commission européenne, qui rassemble dans son collège des commissaires désignés par leur gouvernement. Avant l’élargissement de l’Europe en 2004, quand les grands pays pouvaient envoyer deux commissaires à Bruxelles, il était fréquent que l’un soit de droite et l’autre de gauche. En 1989, la France se rallie à cette cogestion : François Mitterrand et son Premier ministre Michel Rocard désignent, aux côtés de Jacques Delors, reconduit à la présidence de la Commission, une ancienne ministre giscardienne, Christiane Scrivener. Ils y resteront jusqu’en janvier 1995, date à laquelle François Mitterrand et Édouard Balladur – on est en pleine cohabitation – envoient siéger à Bruxelles l’ex-Première ministre socialiste Édith Cresson et Yves-Thibault de Silguy, un haut fonctionnaire venu de l’extrême droite, conseiller dans des ministères de droite. Leur succéderont en 1999 Pascal Lamy (PS) et Michel Barnier (RPR).

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