« Doggerland » : comme un ouragan

Doggerland, d’Élisabeth Filhol, qui a pour centre géographique la mer du Nord, est un roman à plusieurs dimensions : historique, politique, climatique et intime. Un grand livre.

D oggerland s’ouvre sur la naissance d’un ouragan hors norme, un gigantesque tremblement de vent – comme on le dit pour la terre –, du nom de Xaver. « Xaver est une sorte de prodige avant d’être la catastrophe annoncée, une merveille météorologique… »

L’entrée en matière de ce troisième livre d’Élisabeth Filhol est à la hauteur du phénomène. Des pages enlevées, nerveuses, ayant elles-mêmes du souffle, qui posent un univers romanesque de grand calibre. Elles n’annoncent pas seulement une tempête extrême, qui trouve son origine dans la mer d’Islande et se propage selon une droite qui va de l’Écosse jusqu’au Danemark. Elles ont aussi une portée symbolique : la nature ne sera pas la seule à connaître des soubresauts, les êtres humains aussi, en particulier les deux protagonistes du roman, Margaret et Marc.

Ces deux-là ont pour territoire commun la mer du Nord, mais ils n’y exercent pas la même activité. Margaret est enseignante-chercheuse en géographie et géosciences à l’université de St Andrews, en Écosse. Ses travaux portent sur une large portion de terre engloutie par les eaux, qui était à l’air libre il y a huit mille ans et où des populations vivaient en harmonie. Elle et ses collègues l’ont appelée le Doggerland, qui pourrait être une île mythique, comme l’Atlantide. Son existence immergée a une explication plus prosaïque : la montée du niveau de la mer à la suite de la fonte des glaciers.

Marc, d’origine française, s’est, lui, investi corps et âme dans l’industrie pétrolière. Pour le prospecteur qu’il est, la mer du Nord est une « poule aux œufs d’or », avec pour summum dans une carrière : « être celui qui a permis la mise en exploitation d’un nouveau champ d’hydrocarbures ». Margaret et Marc ont pourtant fréquenté les bancs de la même université, où ils étaient tombés amoureux l’un de l’autre. Puis Margaret a fondé une famille, Marc a exercé son métier de par le monde. Plus de deux décennies plus tard, alors qu’ils ne se sont jamais revus, ils participent au même colloque, à Esbjerg, au Danemark, où l’ouragan Xaver a aussi rendez-vous.

Comme ses deux précédents romans (1), La Centrale (2010) et Bois II (2014), Doggerland croise plusieurs dimensions : physique, temporelle, politique, intime. Et il n’est pas sans écho avec le réchauffement climatique actuel.

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