La géohistoire pour recadrer l’Europe

Le continent européen est le seul à s’être nommé lui-même, en même temps qu’il a imposé aux autres son découpage du monde. Pourtant, son unité interne et sa spécificité historique peuvent être relativisées.

Qu’est-ce que l’Europe ? À cette question, Paul Valéry avait répondu : « petit cap du continent asiatique ». D’une boutade, il remettait ainsi la puissance européenne à sa place. Du moins remettait-il en question ce qui semblait évident, voire naturel, en tout cas appris car ânonné en classe : « L’Europe est un continent. » Un des enjeux de la géohistoire – qui mixe l’histoire et la géographie – est précisément là : interroger des découpages géographiques a priori acquis et indiscutables car calqués à même la Terre, et qui s’avèrent en fait imaginés. On sait bien, grâce aux travaux de Martin W. Lewis et Kären Wigen, et à ceux de Christian Grataloup, que les continents sont des mythes. Cette manière de découper et de nommer l’espace terrestre a une longue histoire. Il s’agit d’un bricolage médiéval forgé à partir d’un schéma spatial des cosmographes grecs et d’un mythe biblique, puis adapté pour pouvoir s’appliquer à l’ensemble des terres découvertes par les Européens de la fin du XVe jusqu’au XIXe siècle. Aux trois parties de l’« Ancien Monde », l’Europe, l’Asie et l’Afrique, s’ajoutèrent l’Amérique, l’Océanie et l’Antarctique. L’ensemble du globe se trouvait ainsi pris dans un maillage inventé par les géographes européens et imposé au reste du monde.

Connaître cette histoire n’implique pas nécessairement d’abandonner cette géographie. Nous avons besoin d’une grille commune pour nommer l’espace global, s’y repérer. Mais cela nous invite à relativiser ce schéma, à ne pas le naturaliser en oubliant qu’il est foncièrement culturel. Si l’Europe est la plus petite partie du monde, ce n’est pas totalement un hasard. De ces grandes régions du globe, c’est la seule qui se soit nommée elle-même, par un processus de territorialisation qui s’est développé au tournant du XVe et du XVIe siècle.

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