« Le meilleur engrais, c’est l’ombre du jardinier »

Produire des céréales et des plantes oléagineuses en bio, c’est possible. Rencontre avec Rémi Seingier, heureux explorateur d’un modèle de production au plus près de la nature.

Le mercure affiche 15 °C ce jour-là à Lumigny, en Seine-et-Marne, et Rémi Seingier plaisante : « Depuis que je suis installé ici, les anciens me disent chaque année que c’est une drôle d’année. Mais bon, le climat, on fait avec. » À 33 ans, il cultive céréales et oléagineuses sur une surface de 125 hectares, dont 35 en agroforesterie (association d’arbres, de cultures et/ou d’animaux sur une même parcelle, en bordure ou en plein champ).

C’est lors d’un voyage au Brésil en 2008 que Rémi Seingier et Claire Bertrand, qui se sont rencontrés lors d’un BTS en technologies végétales et sont depuis mariés, découvrent ce mode de production végétale aux nombreux avantages : il permet de restaurer la fertilité des sols, de maintenir la matière organique, d’améliorer la biodiversité, de lutter contre l’érosion, etc. « Jusqu’à mes 25 ans, l’agriculture était la dernière chose que je souhaitais faire, raconte Rémi, qui était alors paysagiste. Mais cette expérience au Brésil m’a ouvert les yeux. J’ai vu des gens qui souffraient de l’agriculture extensive et intensive. J’ai compris l’importance des terres fertiles et de l’aspect social de l’agriculture. »

L’idée d’implanter une activité agroforestière germe alors dans l’esprit du couple. « J’en avais marre de m’occuper du jardin des autres, je voulais cultiver mon propre jardin », sourit Rémi en paraphrasant la célèbre maxime de Candide. Il s’attelle alors à développer un modèle viable d’agroforesterie et s’inscrit en licence de biologie à 26 ans. « Je n’ai jamais autant lu de ma vie », se souvient-il.

En 2011, une parcelle de 38 hectares cultivée par Anne et Pascal Seingier, les parents de Rémi, est mise en vente par son propriétaire. Le mouvement citoyen Terre de liens, qui lutte contre la spéculation foncière et l’artificialisation des terres agricoles, la rachète et continue de la louer aux deux agriculteurs, qui décident alors de la passer en bio pour satisfaire au cahier des charges de ce mouvement. C’est sur cette parcelle que Rémi commence l’agroforesterie en 2015. Avec l’aide de volontaires, Claire et lui y plantent 1 700 arbres et 9 000 arbustes en moins de deux ans. Les essences sont soigneusement choisies pour s’adapter à la typologie des terrains de cette parcelle et à ses reliefs, mais aussi pour maximiser les périodes de floraison, afin d’entretenir les insectes pollinisateurs.

La parcelle, nommée « les Sables » en raison de la composition du sol (en sable de Fontainebleau), est parfaite pour l’expérimentation. « C’est un sol très filtrant, où toute la matière organique est oxydée et ne se maintient pas. Les arbres viennent apporter cette matière organique avec leurs racines. Ils jouent le rôle d’éponge et rendent l’eau disponible pour les cultures. » Rémi étonne par sa capacité à simplifier les concepts de l’agroforesterie pour les expliquer aux néophytes. Il faut dire qu’il a l’habitude des médias et des visites.

Résilience

Ici des acacias, plus loin des châtaigniers, là-bas des chênes sessiles. Rien n’a été laissé au hasard, mais cela n’enlève rien au caractère expérimental de l’entreprise. « C’est un système que j’ai mis trois ans à construire de manière théorique et que je teste maintenant d’un point de vue pratique. Il m’a manqué quelqu’un qui aurait fait les mêmes erreurs que moi pour me guider », regrette Rémi. Il a un rendement pour l’instant deux fois inférieur à l’agriculture conventionnelle, mais il admire la dimension résiliente de son système : « Trois fois, l’année dernière, j’étais prêt à arracher mon colza tellement il était en mauvais état. J’ai tout de même attendu et j’en ai tiré 1,2 tonne par hectare. Rien à voir avec les rendements habituels, mais c’était tout à fait inespéré. »

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