Une ESS en rose et bleu ?

Si ce secteur est particulièrement féminisé, de nombreuses inégalités y persistent, qui nécessitent que l’on s’y intéresse.

S’il n’y avait en ce début d’année qu’une ou deux bonnes raisons d’espérer des champs de progrès pour notre modèle républicain, social et démocratique, si mal-portant ces temps-ci, ce seraient la cause des femmes et la cause écologique. Les deux problématiques sont d’ailleurs liées. Comme la nature, la femme, depuis des siècles, est spoliée, exploitée, massacrée, violée, chosifiée, infantilisée, son corps transformé en champ de bataille à l’occasion.

Cette société dirigée « de main de maître » par des hommes repose sur une vision archaïque qui dépend « d’un travail de la pensée réalisé par nos lointains ancêtres […] sous forme de la symbolisation de l’espèce humaine à partir de l’observation et de l’interprétation de faits biologiques notables. […] Cette symbolisation est fondatrice de l’ordre social et des clivages mentaux toujours présents même dans les sociétés occidentales les plus développées. L’inégalité entre l’homme et la femme n’est pas un effet de la nature (1) », elle est une construction que les femmes et les hommes doivent analyser et déconstruire ensemble. Le problème est que nous transmettons toutes et tous ces représentations dont nous héritons à travers des stéréotypes et des schémas puissamment intériorisés.

L’ESS n’y échappe pas. En son sein, les questions d’égalité professionnelle et de parité ont été jusqu’ici, et pour l’essentiel, portées par des femmes, insuffisamment relayées, voire pas du tout, par les représentants masculins des grands réseaux et fédérations nationales, régionales et départementales. Ces dernières années, ces questions sont devenues d’actualité en raison d’une volonté politique de l’État traduite en avancées législatives et réglementaires, sans oublier la prise de parole publique des femmes au sujet des violences de tous ordres qu’elles subissent.

Un premier état des lieux réalisé par l’Observatoire national du CNCress (2) sur l’égalité professionnelle femmes/hommes dans l’ESS (données 2012) montre que les femmes y sont majoritaires : elles occupent près de 67 % des emplois, et 52,8 % des postes d’encadrement. Dans certains secteurs comme l’aide à domicile, c’est plus de 70 % !

Concernant le volume horaire, 3 % des salariées de l’ESS sont à temps partiel (souvent subi), contre 27 % des hommes. Selon les données Apec-CNCress « Les cadres de l’ESS 2012 », 38 % des hommes cadres occupent une fonction de direction contre 27 % des femmes. La différence est encore plus importante pour les fonctions de direction générale : 8 % des cadres hommes de l’ESS occupent un tel poste contre 3 % des femmes.

Plusieurs défis importants restent à relever par l’ESS. La précarisation de l’emploi engendre pour les femmes des situations parfois très difficiles et la recherche d’activités complémentaires. Alors que 55 % des postes « cadres, professions intellectuelles supérieures » dans l’ESS sont occupés par des femmes, ce sont les hommes qui accèdent aux fonctions les plus élevées. Des écarts de salaire persistent : les hommes gagnent en moyenne 17,1 % de plus que leurs collègues féminines. Cette différence s’explique notamment par la concentration des femmes dans les métiers du care (santé, social, aide à la personne…), moins valorisés socialement et économiquement, ainsi que par l’effet « plafond de verre ».

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