Algérie : La fin de la peur

Si elle a finalement lieu le 18 avril prochain, à quoi pourra bien servir l’élection présidentielle algérienne ? Les principaux opposants ont jeté l’éponge, et le sortant lui-même est massivement vomi par les manifestations.

Gilles Wullus  • 6 mars 2019
Partager :
Algérie : La fin de la peur
© crédit photo : RYAD KRAMDI / AFP

Depuis quinze ans, Nadia Madassi était le visage du JT du soir de la chaîne publique Canal Algérie. Elle a démissionné lundi 4 mars. La veille, elle a très mal vécu d’avoir été obligée de lire à l’antenne la lettre du président sortant Bouteflika. « C’est la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Depuis le début des manifestations, on ne nous laisse pas travailler », a expliqué un de ses collègues à l’AFP. Si elle a finalement lieu le 18 avril prochain, à quoi pourra bien servir l’élection présidentielle algérienne ? Les principaux opposants ont jeté l’éponge, et le sortant lui-même, dont la prétention à un 5e mandat est massivement vomie par les manifestations, annonce dans sa lettre qu’il organisera une élection anticipée prochainement, sans lui-même.

La peur a changé de camp. Née pendant la décennie noire, la jeunesse – la majorité – dit non. Et le pouvoir recule. La détermination et le pacifisme des foules sont une force impressionnante, d’autant qu’elles ne rassemblent pas que les déshérités du pays, mais tous les milieux sociaux exclus du champ politique et du partage de la rente pétrolière : les avocats, les étudiants, les journalistes… Pris de court, le pouvoir n’a pour l’instant pas cédé à la violence. Le chaos, la guerre, la terreur ne sont pas bons pour les affaires, il le sait. Son peuple montre un exemple de mobilisation responsable et grandissante, qui appelle de nouvelles concessions.

Monde
Temps de lecture : 1 minute
Soutenez Politis, faites un don.

Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.

Faire Un Don

Pour aller plus loin…

De Genève aux geôles de Téhéran : le nucléaire iranien, seul levier diplomatique
Analyse 26 février 2026 abonné·es

De Genève aux geôles de Téhéran : le nucléaire iranien, seul levier diplomatique

Alors que le troisième cycle de négociations entre Washington et Téhéran a eu lieu ce 26 février à Genève, le fleuron de la flotte américaine met le cap sur le détroit d’Ormuz. Entre calculs électoraux américains et menaces d’escalade iranienne, le sort du programme nucléaire iranien importe plus pour les États-Unis que les souffrances du peuple iranien.
Par William Jean
Les années Leïla Shahid
Hommage 25 février 2026 abonné·es

Les années Leïla Shahid

Pendant plus de vingt ans, cette grande dame a incarné le combat des Palestiniens, à Paris et à Bruxelles, sans jamais abandonner les principes moraux qui étaient les siens.
Par Denis Sieffert
« La hausse des droits de douane se répercute sur les ménages américains les plus modestes »
Entretien 25 février 2026 abonné·es

« La hausse des droits de douane se répercute sur les ménages américains les plus modestes »

Christophe Blot, économiste à l’OFCE, spécialiste des États-Unis, explique pourquoi les plus modestes sont ceux qui, principalement, payent la hausse des tarifs douaniers brandie par Donald Trump.
Par Olivier Doubre
« Contre l’impérialisme, les aspirations décoloniales imaginent une autre Russie »
Entretien 23 février 2026

« Contre l’impérialisme, les aspirations décoloniales imaginent une autre Russie »

Quatre ans après l’invasion à grande échelle de l’Ukraine, l’historienne Sabine Dullin livre un éclairage essentiel sur l’impérialisme russe, qui permet de comprendre le rapport de la Russie aux pays voisins mais également à ses propres minorités nationales.
Par Pauline Mussche