Extrême droite allemande : « Comme souvent, la colère retombe, on s’habitue »

Alors que l’AfD vient de refonder son organisation de jeunesse à Gießen, plusieurs dizaines de milliers de personnes ont bloqué la ville pour tenter d’empêcher la tenue du rassemblement. Pour la germaniste et historienne Valérie Dubslaff, cette séquence s’inscrit dans la continuité des grandes mobilisations de 2024.

Maxime Sirvins  • 1 décembre 2025 abonné·es
Extrême droite allemande : « Comme souvent, la colère retombe, on s’habitue »
Des manifestants antifascistes font face à la police lors d'une manifestation de deux jours, à Giessen, les 29 et 30 novembre 2025.
© Kirill KUDRYAVTSEV / AFP

À Gießen, l’AfD (Alternative für Deutchland) espérait faire de la refondation de son organisation de jeunesse un moment fort de sa stratégie d’implantation. Le week-end dernier, le parti d’extrême droite avait donné rendez-vous à ses jeunes cadres pour tourner la page de son ancienne structure. En face, l’opposition a répondu massivement : entre 30 000 et 50 000 personnes, venues de toute l’Allemagne, ont convergé pour bloquer les accès à la ville.

Valérie Dubslaff, enseignante-chercheuse en histoire et civilisation du monde germanique et autrice de Deutschland ist auch Frauensache sur l’engagement des femmes dans l’extrême droite allemande, analyse cette séquence politique et ce qu’elle révèle de la normalisation de l’AfD.

Ce week-end, la nouvelle organisation de jeunesse de l’AfD devait se refonder à Gießen. Que révèle, selon vous, cette insistance de l’AfD à reconstruire une structure jeune après la dissolution de la précédente, le 31 mars ?

Tout parti a besoin d’une organisation de jeunesse. C’est là qu’on forme la relève. En plus, la jeunesse est un électorat ciblé par l’AfD. Il y avait donc urgence pour le parti à refonder une structure. La précédente organisation de jeunesse s’est auto-dissoute fin mars 2025, ce qui a créé un manque et donc une demande des jeunes. Elle n’était pas une structure interne du parti mais une association indépendante. Le parti la considérait comme trop autonome et difficile à contrôler, d’autant qu’elle était encore plus radicale que l’AfD elle-même.

L’AfD continue d’utiliser le terme de « remigration », par provocation mais aussi par conviction.

La nouveauté, avec l’organisation qui vient d’être fondée à Gießen, c’est qu’elle dépendra du parti. Elle sera davantage encadrée, car les membres de la jeunesse seront en même temps membres de l’AfD. Ce nouveau statut permettra de mieux la contrôler et de sanctionner plus facilement en cas de transgressions.

En face, des dizaines de milliers de personnes ont contre-manifesté et bloqué les accès à la ville pour empêcher la tenue du rassemblement. La lutte contre l’extrême droite reste-t-elle un facteur de mobilisation rassembleur en Allemagne ?

C’était une mobilisation citoyenne très large.

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