Climat : « Nous sommes la dernière chance »

L’Affaire du siècle, un manifeste, un QG de la mobilisation : la riposte contre l’inaction climatique s’organise.

L’urgence fait froid dans le dos : « Nous sommes la dernière génération… » déclare le « Manifeste pour une justice climatique », que publie l’association Notre affaire à tous (1). Mais la mobilisation réchauffe dans ce texte qui ne s’interdit ni le lyrisme ni l’espoir, dans les échanges intercollectifs et interassociatifs, dans des tiers lieux comme La Base, qui a ouvert le 8 mars à Paris et se veut le « QG de la mobilisation pour la justice climatique et sociale ». Huit organisations (Alternatiba Paris, Groupe action climat Paris, le Consulat, le Mouvement, Utopia, Nature Rights, Partager c’est sympa et Notre affaire à tous) ont lancé un financement participatif pour mener ensemble ce projet éphémère et payer le loyer de 200 000 euros que leur réclame un propriétaire privé pour 13 mois, avant la démolition de l’immeuble.

L’Affaire du siècle poursuit aussi son chemin : ce recours contre l’État de quatre ONG (Greenpeace France, la Fondation pour la nature et l’homme, Notre affaire à tous et Oxfam France) pour inaction climatique, qui a reçu plus de 2 millions de signatures de soutien, lance ce 14 mars la procédure juridique auprès du tribunal administratif de Paris. Suite de la procédure entamée en décembre avec une demande préalable. Si le ministre François de Rugy a décrété que les émissions de gaz à effet de serre ne baisseraient pas grâce aux tribunaux et que la France faisait de son mieux, c’est bien devant la justice que devrait se vérifier le respect des engagements hexagonaux.

Extrait du « Manifeste pour une justice climatique »

Il devient impossible de ne pas y penser. De ne pas savoir. La Terre nous chasse. Elle n’en peut plus. Notre présence est trop douloureuse. En un siècle d’accélération industrielle, nous avons capturé tant d’énergies, tant de ressources que nous avons changé l’équilibre de la planète à notre seul avantage. Alors elle s’échauffe, gronde, bascule dans l’inconnu, vers une autre version d’elle-même, un autre écosystème qui fait déjà trembler les fondements de notre monde. Que voulons-nous ? Impossible de ne pas lutter. Nous sommes prisonniers de nos espoirs. C’est notre force. Notre grandeur. Notre douleur aussi. L’histoire des hommes raconte la domination, l’oppression, mais surtout celles et ceux qui s’y sont opposés. Et la Terre était là, théâtre des passions humaines, tournant éternellement autour d’une étoile qu’on appelle Soleil, organisant nos jours et nos nuits, nos hivers et nos étés. Elle nous accueillait au début de la vie et nous aspirait en son sein à la fin. Au point que nous avons confondu l’humanité et la Terre. Elle nous repousse, pourtant. Elle est la matrice. Nous l’avons oubliée. Jamais nous n’avons songé à la protéger. Nous n’en sommes qu’une espèce. Nous n’en sommes peut-être qu’un moment. Alors, on fonce vers le vide ? On se consume ? Ou on se bat ? Écoutons encore. Elle monte, elle monte enfin dans les consciences, la Terre qui nous porte. Nous sommes des millions partout dans le monde à comprendre l’urgence, à entendre le compte à rebours sous nos pas et ceux de nos enfants. Une nouvelle génération est là, qui n’est pas définie par son âge, mais par sa façon de tout repenser. Une toile se tisse autour de la planète, c’est le réveil, c’est la vie, le pas déterminé de la jeunesse qui manifeste et crie son inquiétude face à l’avenir qui se ferme. C’est la plainte des agriculteurs contre ceux qui ont empoisonné leur terre et leur corps, la voix forte des tribus des dernières zones préservées qui se redressent, le jugement des tribunaux qui enfin condamnent et donnent des droits à la nature, les scientifiques qui alertent et proposent des pistes pour en sortir. Il est fini le temps où les défenseurs de la planète étaient caricaturés en agents du passé, ils sont ceux du futur. Nous sommes le futur. Nous sommes la dernière génération, la dernière chance donnée au monde. Ce combat-là n’annule aucun des autres, il les contient tous. Lutter contre l’asservissement de la Terre, c’est lutter contre ceux qui la dominent. Nous

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