Dossier : Domination masculine : Ça ne passe plus

En Islande, le patriarcat à la racine

Dans le pays où la conquête institutionnelle de l’égalité des genres est la plus avancée, la résistance du machisme se concentre aujourd’hui sur les comportements individuels.

Le 20 novembre 2018, six membres du Parlement islandais se lâchent en buvant des coups au Klaustur, un bar tout proche. Les échanges prennent un tour douteux. Choquée, une cliente les enregistre avec son mobile et transmet le fichier aux médias. Les termes, sexistes et parfois très crus, portent sur l’apparence et l’intelligence des femmes parlementaires. Une ancienne élue est visée en particulier : Freyja Haraldsdóttir, militante pour les droits des personnes handicapées – elle-même est atteinte de la « maladie des os fragiles ».

L’enregistrement se propage sur les réseaux sociaux et le scandale est immédiat. Deux des députés sont exclus du Parti du peuple (socialiste populiste), dont ils sont issus, sans toutefois démissionner du Parlement, ce qu’une partie de l’opinion publique leur enjoint de faire. Les quatre autres, dont une femme (qui n’a pas alimenté les propos incriminés), se contentent de maladroites excuses. Notamment l’ancien Premier ministre, Sigmundur Gunnlaugsson, président du Parti du centre (populiste), dont sont membres les quatre députés, qui s’émeut de l’usage qui est fait de conversations privées entre politiques. Freyja Haraldsdóttir, sur son blog, a rejeté ses excuses : « Il existe des milliers de manières d’exprimer des divergences d’opinions sans avoir recours à des moqueries sur le corps et l’apparence d’une femme. »

L’affaire, dénommée « Klausturgate » par certains commentaires, apparaît à Oktavía Jónsdóttir comme emblématique de l’état de la lutte contre le machisme et le patriarcat en Islande. « Jusqu’à présent, la société s’est attachée à minimiser, à tous les niveaux institutionnels – politique, administration, etc. –, l’expression systémique des différences de traitement entre les hommes et les femmes ainsi que les autres genres (1), constate la députée suppléante du Parti pirate islandais (2), qui en préside également la branche “Féministes”. Mais, aujourd’hui, il faut mener une lutte au niveau de comportements et de modes de pensée individuels, ancrés dans une culture séculaire que de nombreuses femmes ont également intériorisée. »

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