Gilets jaunes, écolos et collectifs contre les violences policières main dans la main le 16 mars

Ce samedi s’annonce une mobilisation d'ampleur dans toute la France. Outre l’acte XVIII des gilets jaunes auront lieu la Marche du siècle pour le climat et la Marche des solidarités contre les violences policières. Unis dans un front commun pour une justice climatique et sociale.

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Non loin de la place de la République à Paris, discrètement installé au rez-de-chaussée d’un immeuble, se trouve le nouveau QG des militants pour le climat. Mais il n’est pas que ça. Des affiches noires et rouges contre les violences policières côtoient les slogans « Les calottes sont cuites » ou « Aux arbres, citoyens ». Ce mardi, assis côte à côte au fond du local fraîchement repeint en vert et blanc, Claire Renauld, des jeunes en grève pour le climat, Priscillia Ludosky, une des initiatrices du mouvement des gilets jaunes, Elodie Nace, de l’association écologiste Alternatiba, Marie Pochon, de Notre affaire à tous – qui assigne l’État en justice –, Adel Kherdine, des gilets jaunes de Rungis, Anzoumane Sissoko, de la Coalition internationale des sans-papiers et des migrants, et Yann, qui représente les victimes des violences policières, se sont réunis pour parler des mobilisations prévues vendredi et samedi à Paris et dans tout le pays.

Le vendredi 15 mars est le jour choisi par la jeune Greta Thunberg pour une mobilisation mondiale des jeunes pour le climat, poursuivie le samedi 16 dans de nombreuses villes, avec des manifestations baptisées « Marches du siècle ». Mais le 16 mars, c’est aussi depuis deux ans le jour de la Marche des solidarités contre les violences policières, et c’est enfin l’acte XVIII des gilets jaunes. À Paris, les militants ont donc décidé de ne pas choisir entre ces différentes luttes et défileront tous samedi pour une marche qui s’annonce impressionnante, avec un seul mot d’ordre : la convergence.

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« On dénonce les mêmes choses »

Pour Priscillia Ludosky, à l’origine de la pétition qui a lancé le mouvement des gilets jaunes en novembre 2018 :

Le mouvement des gilets jaunes recense tout ce qui ne va pas, que ce soit au niveau de l’écologie, de la fiscalité, de la démocratie ou des violences policières. Là où c’est cohérent, c’est quand les associations de défense de l’environnement et les gilets jaunes sont sur les mêmes cibles. On dénonce les mêmes choses au final.

Cette prise de conscience a poussé les différentes organisations mobilisées à se rapprocher pour faire entendre une colère commune aux causes finalement assez similaires. « Nous nous battons pour la convergence des luttes et des vies, renchérit Marie Pochon, coordinatrice générale de l’ONG Notre affaire à tous, qui a décidé d’assigner l’État français en justice pour son inaction en matière climatique. Le climat est l’injustice ultime, et les premières victimes de la crise climatique seront les plus précaires. » Ceux-là même qui font entendre leurs voix depuis plusieurs mois chaque samedi, un gilet jaune fluo sur les épaules, pour réclamer une plus grande justice sociale.

En première ligne, les quartiers populaires, aussi appelés « quartiers prioritaires » par les pouvoirs publics, et définis uniquement en fonction du niveau de revenu des habitants. En sortant du jargon institutionnel, les « quartiers prioritaires » sont au définitive les quartiers les plus pauvres, d’où provient une bonne partie des gilets jaunes, d’après Adel Kherdine, des gilets jaunes de Rungis et coordinateur régional pour l’Île-de-France :

Il y a 99% des habitants des quartiers populaires qui partagent les revendications des gilets jaunes. Les injustices fiscales et sociales, les violences policières, ça fait quarante ans qu’on les subit. Finalement, on est gilets jaunes depuis quarante ans.

Les gilets jaunes ont donc été nombreux à se montrer intéressés pour rejoindre la mobilisation commune du 16 mars, qui sera aussi leur acte XVIII. « On appelle à une convergence dès le départ. Si tout se passe comme prévu, il y aura beaucoup plus de gilets jaunes que d’habitude sur Paris », sourit malicieusement Adel Kherdine. Sans oublier les jeunes en grève pour le climat, qui comptent bien durcir le mouvement après la mobilisation du 15 mars. « Il y a plus de 200 villes mobilisées, se réjouit Claire Renauld, étudiante. On veut que cette journée soit la première d’une longue série. »

« Un message commun contre les violences policières »

Au-delà des motivations communes, c’est aussi la répression subie par ces différents militants qui les a rapprochés. « Nous avons un message commun contre les violences policières, explique Élodie Nace, d’Alternatiba. Notre volonté de faire marcher côte à côte le mouvement pour le climat, les gilets jaunes et la Marche des solidarités contres les violences policières est enfin entendue. » En guise d’exemple, la militante écologiste rappelle que cinq des membres d’Alternatiba ont été placés en garde à vue pour avoir participé à une action de décrochage de portraits d’Emmanuel Macron dans les mairies…

Pour Yann, du collectif de victimes des violences policières :

« Nous sommes ici avec les plus de 65 personnes mutilées par la police sur les vingt dernières années parce qu’elles étaient trop rebelles. Chaque année, en moyenne quinze personnes sont tuées par la police, principalement des gens des quartiers populaires ou des gens du voyage.

Anzoumane Sissoko, de la Coalition internationale des sans-papiers et des migrants, appuiera ces paroles en exhibant gravement la photo en noir et blanc d’un homme en situation irrégulière, « écrasé l’autre jour par un fourgon de police ». Sans oublier Zyed et Bouna, morts dans un transformateur électrique alors qu’ils tentaient d’échapper à la police en 2005 à Clichy-sous-Bois, Adama Traoré, dont les circonstances de la mort ont été récemment remises en cause par des experts médicaux, ou plus récemment les jeunes Grenoblois Adam et Fatih, morts dans un accident de scooter alors qu’ils étaient poursuivis par la BAC.

Quant aux gilets jaunes, Jacques Toubon, le Défenseur des droits, s’est inquiété dans son rapport annuel publié mardi 12 mars d’un « renforcement de la répression » en France, couplé à un « affaissement des libertés ». Entre les représentants des différents mouvements, des gilets jaunes aux écologistes, l’émotion et la colère sont palpables. Pour que tous puissent faire entendre leurs voix le 16 mars dans la capitale, il a été décidé que plusieurs départs seraient prévus, à Paris et en banlieue, avec une convergence à 15 heures où les manifestants seront invités à mettre un genou à terre et à se tenir par la main pour acter une convergence des luttes qui, tous l’espèrent, ne fait que commencer.


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