Le printemps sera climatique et social

Avec l’agrégation de nombreux pôles en lutte, la grève scolaire et la « Marche du siècle » des 15 et 16 mars s’annoncent des mobilisations historiques pour la justice climatique, sociale et fiscale.

Bravant la pluie et le vent, près de 1 500 personnes ont défilé samedi 9 mars dans les rues de Metz, pour la protection des insectes, des oiseaux et plus largement de la biodiversité. Abandon des pesticides et lutte climatique : Victor, 14 ans, scande les slogans. C’est lui qui a lancé l’appel pour cette marche, dont le succès a dépassé les attentes, coalisant en particulier 80 organisations locales. Très posé, il se prête aux entretiens avec une étonnante maturité. « Et aujourd’hui, es-tu en colère ? As-tu peur ? », conclut un journaliste (1). « C’est la tristesse d’abord, répond Victor. D’être assis sur un tronc d’arbre en forêt et de se dire que tout ce qu’on voit, tout ce qui vit autour de soi, un jour ne sera peut-être plus là. »

Greta, Anuna, Luisa, Romain, Ysée… Depuis quelques semaines, une génération collégienne et lycéenne se dresse à la pointe du débat sur l’avenir de la planète (2), avec une conscience et une détermination dépourvues de concession. « Et vous pensez qu’on pourra acheter une nouvelle planète avec de l’argent ? », lance Charlie, 14 ans, face à Emmanuel Macron jeudi 8 mars, à Gréoux-les-Bains (Alpes-de-Haute-Provence), lors d’une des étapes de son grand débat.

Charlie et les autres préparent activement le grand rendez-vous du vendredi 15 mars : c’est jour de grève mondiale de la jeunesse pour le climat, point culminant de l’appel à « sécher » les cours le vendredi lancé en août dernier par la jeune Suédoise Greta Thunberg. Car « pourquoi devrions-nous étudier pour un futur qui n’existera bientôt plus, alors que personne ne fait rien pour le sauver ? », demande-t-elle aux décideurs qu’elle rencontre, depuis, un peu partout en Europe.

Lundi dernier, plus de mille grèves scolaires étaient annoncées dans une cinquantaine de pays. En France, des actions se préparent dans quelque 160 villes, médiatisées par les réseaux sociaux. À Metz, c’est à l’initiative d’un certain Wild Fox, qui a barré l’image de son profil Facebook d’un bandeau « J’attaque l’État français en justice ». La référence : le recours déposé jeudi 14 mars par quatre associations dénonçant l’inaction climatique du gouvernement (lire ici), et soutenues par quelque 2,2 millions de signataires de leur pétition « l’Affaire du siècle ». L’estampille a déteint sur le point d’orgue français de cette semaine singulière. Samedi 16 mars, plus de 150 organisations appellent à déployer une vaste « Marche du siècle », répercutée dans plus 170 villes sur tout le territoire (3).

« Nous sommes à l’aube d’un nouvel altermondialisme fondé sur la lutte climatique et l’engagement radical de la jeunesse », estime Vincent Gay, militant écologiste du syndicat FSU. En France, les jeunes se sont mis en branle mi-février, en particulier à l’initiative de l’Assemblée générale inter-fac d’Île-de-France. La grève du vendredi a pris de l’ampleur avec la venue à Paris, le 22 février, de Greta Thunberg et de plusieurs figures adolescentes des mobilisations belges, allemandes, suisses, luxembourgeoises, anglaises… « Ça bouge énormément, et partout ! Il y a seulement un mois, on recensait moins de trente mobilisations pour le 15 mars, témoigne Hugo Viel, l’un des coordonnateurs en France du mouvement international Youth for Climate (Jeunes pour le climat). Nous recevons des dizaines de sollicitations par jour pour des conseils d’organisation. Il n’y a pas de standard, chaque initiative locale est totalement indépendante et décide de la forme qu’elle va prendre. C’est à la bonne franquette, et ça fonctionne ! » À Lyon, à Bordeaux ou à Nantes, s’organisent des pique-niques géants « zéro déchet ». À Paris, une marche est annoncée du Panthéon aux Invalides.

Les principaux syndicats lycéens sont engagés, « et au-delà de leurs établissements », relève Marie Toussaint, cofondatrice de Notre affaire à tous, à l’origine du recours contre l’État français. « Les étudiants, qui avaient disparu après une grosse activité lors de la COP 21 à Paris fin 2015, sont revenus avec une grande détermination. » Issu des facultés, des lycées et des associations franciliennes de jeunes, les « Camille de la grève de la jeunesse pour le climat » administrent chaque semaine une « leçon de climat » (4) accompagnant la grève scolaire d’actions de « désobéissance ». Soutenu par Youth for Climate, un groupe de jeunes a écrit au président de la République pour l’inviter à débattre lors d’un direct télévisé avec eux le 15 mars. « Les jeunes générations ont besoin de comprendre clairement votre position, et de vous soumettre les leurs. » En début de semaine, une délégation européenne de jeunes, menée par Greta Thunberg, était reçue au Parlement européen avec des intentions similaires.

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