« La désobéissance civile peut fédérer »

La chercheuse Sylvie Ollitrault relève qu’une nouvelle génération rend très concret le combat climatique, qui n’agit pas en opposition aux gilets jaunes.

Chargée de recherche en sciences politiques au CNRS, Sylvie Ollitrault décrypte les mécanismes des mobilisations environnementales et leur rôle sur la politisation des militants. Elle observe avec optimisme les mouvements pour le climat issus de la jeunesse mondiale ces dernières semaines, mais reste plus prudente sur une potentielle convergence des luttes immédiates avec le mouvement des gilets jaunes en France, malgré les revendications plus engagées vers plus de justice climatique et sociale.

Quelles leçons retenez-vous des grèves pour le climat orchestrées par des jeunes de nombreux pays tous les vendredis ?

Sylvie Ollitrault : Nous avons rarement vu un mouvement social aussi homogène et spontané. Des étudiants, des lycéens, des collégiens sont descendus dans les rues, car ils se sentent happés par le fait que la planète est en danger, qu’il faut se mobiliser et agir. La plupart sont des primo-manifestants, mais ont fait preuve d’une grande maturité sur le plan de l’auto-organisation, même si des ONG ont dû jouer un rôle, certains lycéens ont construit des groupes dans leur établissement et lancé des actions. Ce mouvement venant du bas, de la jeunesse, il permettra de consolider cette conscientisation écologique et politique. Par le passé, les scientifiques et les ONG militantes tentaient d’alerter mais se sentaient seuls tant l’enjeu était global, lointain, technique et donc difficile à diffuser dans l’opinion publique.

Les notions d’urgence et de précarité jouent-elles un rôle dans ces mobilisations ?

Les slogans des jeunes rompent avec le discours écologiste habituel, car ils expliquent clairement qu’ils sont la génération sacrifiée, celle qui va subir plus fortement les effets du réchauffement climatique. Jusqu’à présent, on entendait parler des « générations futures » et d’une échéance à 30 ou 40 ans. La notion d’urgence mobilise, que ce soit dans la rue ou dans les consciences. Les moins de 30 ans s’intéressent beaucoup au mouvement de la collapsologie, qui catalyse diverses émotions dont la détresse, qui peut pousser à vouloir se couper du monde. Or, ceux qui ont défilé dans les rues font partie intégrante de la société afin d’interpeller les institutions et de les mettre face à leurs responsabilités. Cette génération est également inquiète sur le plan économique, avec l’effet « crise de 2008 », et sait qu’il faudra lutter pour s’insérer dans le monde du travail, y compris pour les classes plus protégées que les classes populaires.

On lisait également beaucoup de messages écoféministes dans les cortèges. Est-ce nouveau ?

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