Le blues des fonctionnaires

Les agents de la fonction publique s’inquiètent d’une réorganisation profonde et brutale de l’État, alors que la « loi travail » de la fonction publique débute son parcours législatif.

C’est un message d’alerte un peu désemparé, livré la gorge nouée au téléphone, par des syndicalistes qui délaissent un temps leurs revendications pour poser une douleur. Difficile de mettre des mots sur « l’ambiance étrange » qui règne au sein de l’administration à l’aube d’un débat législatif accéléré sur la loi « pour la transformation de la fonction publique ». « Cela fait des années qu’on dit qu’il y a un problème dans la manière de parler des fonctionnaires, ce n’est pas étonnant que cela craque de partout », s’inquiète Mylène Jacquot, secrétaire générale de la CFDT-fonctions publiques.

Le texte qui devait être présenté le 27 mars en Conseil des ministres n’est pas une de ces grandes lois fourre-tout à l’effet massue. Il se contente d’injecter une dose de « flexibilité » dans les rouages de l’État, des collectivités et des services publics, pour accélérer la cure d’amaigrissement du secteur public, entamée il y a plus de quinze ans. « C’était en rodage ; longtemps, les encadrants et les directions ont essayé de soigner la forme et de nous rassurer, mais nous constatons aujourd’hui une accélération. Les managers ne s’en cachent plus », souffle Olivier Youinou, syndicaliste chez SUD-Santé AP-HP, dans les hôpitaux parisiens. « Ils veulent passer un cap supplémentaire et cette loi leur permettra d’imposer des mobilités forcées », prévient Vincent Drezet, du côté de Solidaires-finances publiques.

Les 5,4 millions de fonctionnaires ne sont pas tous à la même enseigne. Les ministères de l’Intérieur et de l’Armée n’ont aucune suppression de poste à craindre. Le coup est rude en revanche dans les finances publiques, avec les réorganisations qui doivent accompagner la dématérialisation des déclarations d’impôt et le prélèvement à la source. La direction générale des Finances publiques (DGFip) a déjà perdu un tiers de ses agents depuis 2002 et devrait perdre encore 20 à 30 % des postes dans les prochaines années, selon des fuites internes relayées par le syndicat Solidaires-finances publiques. L’inspection du travail paie également un lourd tribut, par des « réformes incessantes depuis 2014 », et les baisses d’effectifs à venir devraient faire maigrir les services de 15 %, selon des sources internes citées par la CGT. Un sérieux coup de canif est également prévu dans les « fonctions supports » des administrations dans les régions (communication, logistique ou ressources humaines), qui devront fusionner pour permettre « plusieurs centaines de suppressions de postes », affirmait Les Échos le 22 mars, alors que la circulaire n’avait pas encore été envoyée par Matignon aux services concernés.

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