« M », de Yolande Zauberman : Maudite communauté

Dans M, Yolande Zauberman suit un jeune homme de retour au sein de la cité juive orthodoxe où il a été violé durant toute sa jeunesse.

Le sourire qui illumine son visage ne le quitte presque jamais. Menahem est là, plein cadre, il se met à chanter de sa voix harmonieuse des airs liturgiques juifs. Le beau jeune homme est filmé par Yolande Zauberman, le plus souvent de nuit. Mais c’est une nuit urbaine. Les ténèbres vers lesquelles Menahem nous entraîne sont bien plus sombres. Le titre, M, est une allusion évidente au film de Fritz Lang (Menahem lui aussi s’appelle Lang). Une histoire de pédophilie. « Quand je chante la liturgie juive, dit Menahem, j’y mets toute la douleur accumulée depuis que je suis petit. »

Menahem est né à Bnei Brak, dans la banlieue de Tel Aviv. La ville est quasi exclusivement habitée par des juifs ultra-orthodoxes, les hassidim, qui ne parlent que le yiddish. Menahem a grandi parmi eux, y a subi des viols depuis son plus jeune âge. Par trois hommes en particulier, successivement, et sur des périodes plus ou moins longues. Adulte, il a réussi à attraper l’un d’eux et l’a filmé avouant son crime. La vidéo a été diffusée par la télévision israélienne, provoquant un scandale. Menahem a reçu des menaces. Il a dû quitter Bnei Brak. Il y revient dix ans plus tard, « protégé » par la caméra de Yolande Zauberman.

Ce que révèle M est ­effroyable. Le film crée même un effet de sidération au fur et à mesure que l’on découvre que Menahem est loin d’avoir été la seule victime. Dans cette communauté, l’impunité est la règle, la loi du silence aussi, même si tout semble se savoir. Étrangement, le tournage du film dans les rues attire ces hommes que Yolande Zauberman nomme « les enfants blessés ». Ils s’approchent, désirent témoigner, entament une conversation avec Menahem. C’est un jeune homme sur le point de se marier, qui doute de son orientation sexuelle, violé naguère par ses frères et un beau-frère. C’en est un autre qui, lui aussi violé dans ses tendres années, a commis le même crime à son tour. La hantise de ce qu’ils appellent le « cercle vicieux » est partagée. Elle semble être une fatalité.

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