Produits « anti-cholestérol », « détox », « anti-cancer » : l’intox

Dans les supermarchés ou en ligne, les produits alimentaires sont de plus en plus nombreux à afficher des propriétés thérapeutiques. Des promesses mensongères faites en toute légalité, au détriment parfois de la santé des consommateurs.

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Des margarines qui stabilisent le cholestérol, des infusions aux vertus détoxifiantes voire carrément des noyaux d’abricots anti-cancer. Pourquoi aller chez le médecin quand on peut se soigner au supermarché ? C’est ce que voudraient nous faire croire les professionnels de l’agroalimentaire qui n’hésitent pas pour vendre leurs produits à leur attribuer des vertus thérapeutiques, bien souvent mensongères.

Un flou juridique qui profite aux industriels

« Toutes le promesses de santé ne sont pas bonnes à avaler ! » prévient l’ONG Foodwatch dans le communiqué de sa dernière campagne intitulée Arnaques sur l’étiquette. Dans le collimateur de l’association, une vingtaine de produits aux vertus thérapeutiques toutes plus miraculeuses les unes que les autres. Mais les allégations santé avancées par ces produits « antioxydants », « revitalisants », « hydratants » ou « détoxifiants » n’ont aucune base scientifique.

Pire, ces produits seraient en réalité parfois plus nocifs, avec des taux anormalement élevés de sucre d’après Foodwatch. Pas de produits miracles dans les rayons des grandes surfaces, mais un piège marketing dans lequel tombent de trop nombreux consommateurs, dénonce l’ONG. Des pratiques peu reluisantes mais légales. C’est la Commission européenne qui valide ou non les allégations santé qui lui sont soumises.

Actuellement, 2 000 d’entre elles sont en attente de validation, ce qui n’empêche pas les professionnels de l’agroalimentaire de s’en servir dans un but marketing. « Il y a une zone de flou juridique, explique Foodwatch. Tant que la Commission européenne n’a pas statué, les industriels peuvent utiliser les allégations santé. » Sans risquer aucune poursuite. « On ne peut pas les sanctionner tant que les allégations sont en attente de validation par la Commission européenne », reconnaît Virginie Beaumeunier, à la tête de la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF).

Des noyaux d’abricot pour soigner le cancer

Au-delà des fausses promesses d’élimination des toxines, d’hydratation ou de vitalité, le site web biologiquement.com va jusqu’à commercialiser des produits « anti-cancer » comme l’algue Wakamé, une « algue bio utilisée dans le traitement anti-cancer » ou les noyaux d’abricot, « anti-cancer naturels grâce à la vitamine B17 ».

Quant à la poudre de graines de moringa, elle vous guérira du diabète, fera disparaître votre cholestérol, vous aidera à maigrir, fera baisser votre tension, vous rajeunira et améliorera même vos performances sexuelles, tout ça sans pesticides. Mais le pouvoir de la nature ne convainc pas la Ligue contre le cancer, que ces dérives marketing inquiètent :

Il n’y a que les traitements académiques qui soient efficaces contre le cancer, les allégations santé anti-cancer sont fausses. On dit aux personnes sous chimio d’arrêter leur traitement pour aller manger des framboises ou boire je ne sais quoi. Le nombre de personnes touchées est considérable, c’est devenu un véritable business.

Le problème n’est pas nouveau, rappelle la Ligue en faisant allusion aux produits Beljanski, à base de plantes et soi-disant anti-cancer, prescrits à la place des traitements par le Dr Beljanski, condamné en 1994. Interdits depuis, on peut encore se procurer facilement ces produits sur internet. « C’est complètement illégal, renchérit Foodwatch à propos des produits similaires vendus par biologiquement.com. Ça fait des mois qu’on a alerté la DGCCRF, sans réponse. » L’ONG a fini par porter plainte contre le site web le 5 février dernier auprès du pôle Santé du parquet de Paris.

À la DGCCRF, on mise sur les consommateurs avec le développement de SignalConso, une application permettant aux particuliers de signaler en ligne les produits problématiques. Pour l’instant expérimentée dans la région Centre-Val de Loire, l’application sera bientôt étendue à Auvergne-Rhône-Alpes et à toute la France en 2020. En attendant, les professionnels de l’agroalimentaire ont le champ libre pour continuer à se prendre pour des charlatans de foire.


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