Algérie : « Ce mouvement est un épisode de notre processus de libération »

Pour Omar Benderra, l’exceptionnelle mobilisation citoyenne renoue avec les idéaux de la révolution algérienne. Il doute que la rue se contente du départ de Bouteflika.

Il a fui l’Algérie en 1992 pour se réfugier en France, quand les militaires au pouvoir, confisquant un processus électoral qui allait les destituer au profit du Front islamique du salut, ont ouvert une décennie noire de guerre civile, qui s’est soldée par la mort de dizaines de milliers de personnes. À cette époque, Omar Benderra travaillait au cœur de l’État algérien, il était notamment président du Crédit populaire d’Algérie, banque créée pour assurer la négociation de la dette extérieure du pays. Observateur assidu de la scène politique, dans un milieu où il a gardé de bons contacts, il est membre d’Algeria-Watch, observatoire de la situation des droits humains en Algérie.

Vendredi après vendredi, de nouveaux aménagements politiques surgissent dans l’espoir de calmer les protestations, mais la rue ne désemplit pas. C’est la débandade ?

Omar Benderra : Le régime, qui entend durer – c’est un truisme ! –, organise la gestion des événements en fonction de cet objectif. Mais confronté à une crise majeure, d’une ampleur et d’une magnitude totalement inédites dans l’histoire de l’Algérie, il se trouve tout à fait désemparé, ce qui explique la série de manœuvres à laquelle nous assistons.

Bouteflika était un président extrêmement commode pour les groupes d’intérêt qui gravitent au sommet du pouvoir, parce qu’il était absent, qu’on lui faisait dire ce qu’on voulait et qu’il n’intervenait pas de manière autoritaire dans la répartition de la rente. Son renoncement à un cinquième mandat n’a pas calmé la rue, ni la décision d’organiser des élections « dès que possible », pas plus que la suggestion faite au Conseil constitutionnel par le chef d’état-major Gaïd Salah d’une procédure d’empêchement pour démettre Bouteflika. Le lâchage du Rassemblement national démocratique (RND), qui emboîte le pas à Salah, n’est pas plus convaincant pour les manifestants : ce parti, lié aux milieux d’affaires et membre de l’alliance présidentielle, n’est qu’une excroissance bureaucratique du pouvoir. Comme la plupart des partis et des médias, il est une composante d’une scène politique artificielle destinée à assurer l’animation de façade d’un pseudo-pluripartisme, à l’attention de partenaires étrangers qu’il faut convaincre que nous vivons un ordre suffisamment démocratique.

La puissance de cette mobilisation algérienne, son ampleur et sa détermination tiennent en particulier au fait que ses acteurs, jusqu’aux plus populaires, font preuve d’un discernement étonnant et d’une grande précision dans leur capacité à identifier les enjeux. Il n’est pas sûr qu’ils se contenteront de la démission de Bouteflika…

Les militaires ont-ils pris désormais le dessus au sein du régime ?

Le président n’était plus qu’un obstacle aux règlements de comptes entre factions internes. Il ne l’est plus. Cependant, son clan a encore des ressources : le coup de force du général Salah a fait long feu, car le Conseil constitutionnel n’a pas donné corps à son stratagème. Quant aux militaires, ils sont divisés. Le pouvoir, pour l’essentiel, s’est concentré dans une sorte de coupole d’une vingtaine de hauts dignitaires de l’Armée nationale populaire et de la police secrète militaire. Mais ils ne sont clairement plus sur la même longueur d’onde, comme l’a montré, l’été dernier, la mise à l’écart sans précédent d’une demi-douzaine de généraux de première importance, arrêtés comme de vulgaires voleurs à la tire.

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