Avec le Ceta, le saumon OGM arrivera bientôt en France

Comme ce poisson transgénique vient d’être autorisé à la vente au Canada, rien n’empêche qu’il soit exporté en Europe.

Claude-Marie Vadrot  • 5 avril 2019
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Avec le Ceta, le saumon OGM arrivera bientôt en France
© crédit photo : KOTARO NUMATA / YOMIURI / THE YOMIURI SHIMBUN

Le Canada vient d’autoriser la production de saumon transgénique et sa commercialisation, tant pour la consommation intérieure que pour l’exportation. Cette décision permettra à ce poisson d’élevage, ayant subi une manipulation risquée, d’être mis en vente dans la grande distribution du pays ; il sera également rapidement disponible en France et dans toute l’Europe en application du Ceta, l’accord de libre-échange entre le Canada et l’Union européenne. Le Canada a donc cédé aux pressions américaines qui ont permis à ce type de saumon, actuellement produit à Panama, de parvenir déjà dans les assiettes des Américains et des Canadiens (depuis 2016) sans qu’ils en soient prévenus.

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Ces saumons seront (et sont déjà) produits par la société américaine Aquabounty Technologies, installée dans l’État du Massachusetts, après des années de pression auprès de l’Agence américaine pour l’environnement qui avait finalement donné son autorisation de mise sur le marché. Ce poisson est issu du « mélange » des gènes du saumon d’atlantique et du saumon pacifique de la variété Chinook. Or, aux États-Unis et au Canada, il n’existe pas de législation contraignante sur l’étiquetage alimentaire. Les consommateurs ne seront donc pas informés de la provenance et des conditions d‘élevage de ce poisson.

Aubaine financière

Les caractéristiques de ce nouveau saumon représentent une superbe aubaine financière, puisque, d’après ses inventeurs, ce salmonidé grossit, grâce à l’introduction d’un gène de croissance dans son patrimoine génétique, trois fois plus rapidement que le saumon d’élevage et six fois plus vite que les saumons sauvages. Il en sera de même pour la production annoncée par l’entreprise américaine de truites et d’une vingtaine d’autres espèces de poissons. Ils seront tous transgéniques, comme les porcs et les volailles génétiquement bricolés qui figurent dans les projets industriels d’Aquabounty.

Ce saumon manipulé sera produit dans les installations de l’État canadien de l’Île-du-Prince-Edouard, dans le nord-est du pays. L’interdiction désormais levée est assortie, au États-Unis comme au Canada, de l’obligation d’élever ces « monstres » dans des bassins ne communiquant pas avec la mer. Mais, dans cette île-province de 5 600 kilomètres carrés, le risque de « fuite » par un petit cours d’eau est grand car la mer et le golfe du Saint-Laurent ne sont jamais loin.

Risques

La production actuellement annoncée, qui proviendra également d’une nouvelle installation située dans l’Indiana (États-Unis), est au départ de 250 tonnes par an. Elle augmentera très rapidement. Comme la mention d’origine ne sera pas indiquée, cette production sera mélangée aux autres saumons d’élevage. Une pratique qui concerne également la Chine, le Brésil et l’Argentine, où la société américaine a été autorisée à installer des élevages expérimentaux. Ce qui vient de se passer aux États-Unis et au Canada montre clairement que les « expériences » se terminent par des autorisations de vente d’un produit très rentable dont on préfère dissimuler les origines.

Écologie
Temps de lecture : 3 minutes
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