Dossier : L'équation macroniste : militant = délinquant

« La répression vise à dépolitiser les revendications »

Pour Vanessa Codaccioni, la criminalisation des militantismes conduit à un grave affaiblissement de l’État de droit.

Spécialiste de la répression étatique (1), Vanessa Codaccioni publie une étude sur les politiques répressives et la criminalisation croissante des différentes formes de contestation politique. Ou comment la police, la justice et l’administration n’ont de cesse de dépolitiser les prises de parole et actions revendicatives pour poursuivre et réprimer leurs auteurs comme des délinquants. Jusqu’à les « assimiler au terrorisme le plus meurtrier » et, surtout, dénier toute légitimité aux types de confrontation que le pouvoir n’estime pas « pensables » politiquement, ou n’appartenant pas au champ du politique tel qu’il le délimite.

En introduction de votre livre, vous écrivez qu’« il ne se passe [plus] un jour sans qu’un événement ne vienne rappeler la confrontation quotidienne des militantes et des militants à l’appareil répressif ». Samedi 23 mars, Geneviève Legay, 74 ans, membre d’Attac et d’Ensemble !, a été la victime d’une violente charge de police à Nice. N’est-ce pas un exemple frappant de la répression policière que vous décrivez ?

Vanessa Codaccioni : Que des manifestantes et des manifestants soient blessés est tout à fait classique, voire traditionnel, en France. Le fait que la police française soit brutale et charge violemment a malheureusement toujours existé. Cependant, nous assistons ces derniers temps à un phénomène nouveau : une offensive contre toute forme d’activisme qui ne paraîtrait pas légitime au pouvoir central, avec un ensemble de répressions simultanées. Celle menée par la police, que je viens d’évoquer ; la répression judiciaire, avec les comparutions immédiates et des procès ; celle venant des services de renseignement, avec un ensemble de mesures intrusives ; mais aussi la répression administrative, comme l’interdiction de manifester et les autres dispositions de la loi dite « anticasseurs », et dernièrement le rôle de l’armée dans la gestion des manifestations. On assiste à une offensive généralisée contre les militantismes ou l’activisme, qui se traduit par un renforcement continu de l’appareil répressif et de mesures liberticides.

Emmanuel Macron a souhaité à Geneviève Legay « un prompt rétablissement »… avant d’ajouter que cette dame âgée n’aurait pas dû se trouver là. N’est-ce pas caractéristique de l’actuelle criminalisation des militantismes de la part du pouvoir ?

En effet, l’État et ses institutions répressives essaient de faire passer les individus blessés par la police – voire tués – pour responsables de leur sort. Ils se seraient volontairement exposés aux violences de la police, donc ce qui leur arrive est de leur faute ! Il s’agit d’un véritable renversement de culpabilité. C’est d’ailleurs tout à fait classique dans le cas des violences policières. On l’avait déjà observé en 1986, lors du décès de Malik Oussekine sous les coups de voltigeurs motorisés. Robert Pandraud, ministre délégué à la Sécurité, avait déclaré à propos de cet étudiant dialysé : « Si j’avais un fils sous dialyse, je l’empêcherais de faire le con la nuit » ! C’est toujours le manifestant blessé ou tué qui est responsable, parce qu’il a commis des erreurs, parce que son comportement était irresponsable, parce que c’est un délinquant, etc. Ceci pour trouver une justification au passage à l’acte de la police, qui n’est donc jamais responsable.

Ce processus, comme je le disais, n’est pas du tout récent, car les gouvernements ont toujours voulu assimiler leurs ennemis politiques à des délinquants, des criminels, des terroristes ou des fous. Admettre que ce sont des ennemis politiques leur donnerait en effet une légitimité, et ce n’est pas acceptable pour le pouvoir. Il s’agit d’enlever toute dimension politique aux actes des militants, à leurs mobiles et à leurs revendications.

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