Lanceurs d'alerte : des héros de plus en plus banals

Ancien espion dans la finance offshore, Maxime Renahy publie un témoignage sur l’évasion fiscale et s’engage pour un mouvement de contre-expertise citoyenne en pleine structuration.

Maxime Renahy a 28 ans lorsqu’il débarque sur l’île de Jersey, langue de terre grande comme Paris qui barbote au large de la Normandie dans la douceur du Gulf Stream et d’une fiscalité à 0 % pour les actionnaires des entreprises étrangères. Petite main qui grandit vite, il y fait son nid, fasciné par cette île aux secrets où transitent les flux financiers du monde entier. Il entame alors une double vie qui durera cinq ans. Côté clair, il gère des fonds dans un cabinet d’avocats d’affaires nommé Mourant. Son métier est notamment de faire croire au fisc français, grâce à une documentation factice, que les fonds placés par des Français à Jersey sont bien gérés depuis le micro-territoire. Autrement dit, il doit « animer le vide » des sociétés-écrans. Côté sombre, Maxime Renahy sert d’informateur à la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE).

« Trahir » s’est imposé immédiatement à l’esprit de ce petit-fils de résistant, « pour servir le bien commun ». Un déclic a aidé : la vente en juillet 2007 de l’entreprise Samsonite, qui, grâce à la fermeture de son usine à Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais), a offert une plus-value de 800 % à ses actionnaires, parmi lesquels on retrouve Mitt Romney, futur candidat à la présidentielle américaine de 2008.

Maxime Renahy questionne, farfouille, laisse traîner une oreille dans son open space, socialise à tous crins et multiplie les conquêtes. Il pénètre dans tous les recoins de ce « micro-lieu qui facilite les rencontres », « petit monde, entre-soi qui se croit à l’abri de tout » et découvre une « caste des ultra-riches qui souffre d’avoir trop » et se confond en « dédain, mépris et dépressions ». Par son patient travail d’informateur, le professionnel aide la DGSE à décrypter la masse d’informations interceptées, rédigées dans un anglais très technique. Il apporte également une montagne de documents sur l’obscur enchevêtrement de sociétés-écrans mis en place par les multinationales pour cacher leurs bénéfices. Une « poupée russe » juridique qui rend toute traçabilité impossible pour le fisc. Il y a là l’assureur Axa ; l’empire Domino’s Pizza et ses 103 % de retour sur investissement en dix ans grâce à un montage sophistiqué offshore ; la congrégation des Légionnaires du Christ ; ou encore le groupe propriétaire des médias RMC et BFM TV, détenu en partie par une cascade de sociétés, qui conduit à Jersey via les Pays-Bas.

Bataille de l’information

Mais les services français ont été clairs avec le lanceur d’alerte : l’évasion fiscale n’est pas leur sujet. Ce sont les flux financiers, les velléités des fonds d’investissement sur les marchés stratégiques, les investissements des puissances étrangères et les rétrocommissions dans les ventes d’armes qui les intéressent. « L’État français ne fait que protéger les sociétés dans lesquelles il a lui-même des intérêts », écrit Maxime Renahy, amer. Et Jersey est un nœud névralgique de la finance mondiale, ce qui offre aux renseignements français un poste d’observation incomparable. Et cela reste vrai après la mutation de Maxime Renahy au Luxembourg, décidée en 2010 sur fond de suspicion après une vague de perquisitions chez tous les clients de sa compagnie.

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