Les sénateurs déroulent le tapis rouge aux chasseurs

Des associations de protection de la nature dénoncent une série de mesure en faveurs des chasseurs adoptées par les sénateurs.

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De nombreuses associations de protection de la nature, menées par la Ligue pour la protection des oiseaux, ont dénoncé dans un communiqué le texte voté il y a quelques jours par le Sénat dénaturant le projet de loi fusionnant l’Office de la chasse et l’Agence française de la biodiversité. Pour elles, il s’agit de livrer ce nouvel organisme aux pouvoirs déjà trop importants de la Fédération nationale des chasseurs de France sur les espèces et les espaces protégés. Sans oublier toutes les fédérations départementales et les groupes locaux de chasseurs.

Les chasseurs, bien que leur nombre diminue régulièrement et approche maintenant à peine un million dont seulement 3 % de femmes, rêvaient depuis des années de devenir les usagers prioritaires et privilégiés de l’espace naturel, les sénateurs sont en train de les satisfaire puisqu’ils siègeront à hauteur de 10 % au conseil d’administration de l'agence qui serait renommée Office français de la biodiversité et de la chasse, en compagnie des organisations agricoles et forestières, si les députés suivent les sénateurs.

Les chasseurs dans les réserves naturelles

Les associations dénoncent le fait que les fédérations régionales de chasseurs pourraient obtenir la gestion des réserves naturelles régionales et des réserves nationales de chasse qui sont encore sous le contrôle direct de l’État.

Autre conséquence des textes adoptés, les réserves de chasse communales, permettant à la faune de se reconstituer à l’abri des fusils, passeront de 10 % à 5 % de ces territoires. De plus, le nombre des espèces chassables pourra être augmenté dans les cas où elles seraient considérées « comme en bon état de conservation ». Cela implique la disparition de la notion d’espèces protégées établie par la loi sur la protection de la nature votée en 1976 à l’unanimité, loi qui permet au pouvoir de définir par des arrêtés la protection d’un mammifère, d’un oiseau, d’un amphibien, d’un poisson, d’un insecte ou d’un végétal.

Les sénateurs ont également programmé des dérogations sur les espèces ou les périodes pour la chasse des oiseaux migrateurs sans référence aux textes de loi français et aux directives européennes ; alors que sur ces points, la France a été condamnée une douzaine de fois pour ne pas les avoir respectés à la demande des chasseurs. La chasse à la glu ou aux filets, actuellement interdite, serait à nouveau permise au nom « de la conservation du patrimoine cynégétique national ». Et enfin, après tous les cadeaux déjà accordés aux chasseurs, notamment à propos du permis de chasse, le Sénat a inventé le « délit d’entrave à l’action de la chasse », qui pourra être sanctionné d’un an de prison et de 30 000 euros d’amende.

Grave retour en arrière

Ce brusque retour en arrière sur les destructions d’espèces imputables à la chasse intervient au moment où va être publié un rapport sur la biodiversité des Nations unies de 1 800 pages, évoquant la prochaine disparition d’un million d’espèces animales et végétales. Il sera rendu public lors de la réunion de la Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques (Ipbes, l’équivalent du Giec pour le climat) à Paris, du 29 avril au 4 mai à l’Unesco. Il a été préparé, au cours des trois dernières années, par l’Ipbes et 50 experts originaires de 50 pays. Le ministre de l’Écologie et Emmanuel Macron n’ont probablement pas eu le temps de le lire ou de consulter « le résumé pour les décideurs » qui sera publié à la fin du mois d’avril…


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