« Marcher jusqu’au soir », de Lydie Salvayre : Drôle d’endroit pour une rencontre

Dans Marcher jusqu’au soir, Lydie Salvayre évoque avec rage et humour son rapport tumultueux à l’art au long d’un parcours introspectif.

Soudain, Lydie Salvayre écrit en lettres majuscules : « Regarder ces œuvres m’est une corvée et je me fais violence en continuant cette expérience à la con. » Cette « expérience à la con » a consisté à passer toute une nuit au musée Picasso, à Paris, alors que s’y tenait l’exposition Picasso-Giacometti (c’était durant l’hiver 2016-2017), pour éventuellement en tirer un livre.

Quand elle trace cette phrase sur l’écran de son ordinateur, au milieu de la nuit, la lauréate du Goncourt 2014 a la rage. Entre elle et L’homme qui marche, la sculpture qu’elle aime plus particulièrement, avec laquelle elle espérait entrer dans un dialogue intime, il ne se passe rien. Nada. « Je voyais [l’œuvre de Giacometti] comme séparée de moi par une paroi invisible », écrit-elle.

Qu’est-ce qui cloche ? C’est toute la question de Marcher jusqu’au soir, qui provoque chez Lydie Salvayre d’abord un mouvement de rogne qui n’est pas sans drôlerie, puis un travail d’intro­spection l’emmenant loin. Elle aurait pu s’en tenir à des constats extérieurs, en particulier le peu d’estime dans lequel elle tient les musées. Des lieux consacrés, qui coupent les œuvres de la vie, concentrent un art « nettoyé de son contexte, un art nettoyé du scandale qui marqua son apparition », ainsi rendu « parfaitement inoffensif ». Elle aurait pu attiser sa haine des « dévots de l’art », de la cuistrerie excluante, de la soumission aux valeurs marchandes, notamment dans l’art contemporain – mais notons que, toute à sa colère, et sans se départir de son humour, Lydie Salvayre garde heureusement à l’esprit les limites de l’exercice, qui peut confiner au « poujadisme ».

D’autres raisons expliquent le fiasco de cette confrontation nocturne. L’auteure le sent bien, perdant de son assurance, saisie par toutes sortes de « questions à deux balles », et en qui remontent des souvenirs. Comme celui de ce dîner dans la bonne société où elle fut conviée jadis et où, devant sa discrétion, une des convives la renvoya à sa condition inférieure sous la forme d’un chuchotement qui lui fut rapporté : « Elle a l’air bien modeste. » La remarque lui mit les nerfs à vif et pourrait être à l’origine de son engagement dans l’écriture.

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