Pollution : Les écoles étouffent

Tir groupé d’alertes contre la mauvaise qualité de l’air, alors que la loi d’orientation des mobilités est en discussion au Sénat. Les premières victimes sont les plus vulnérables, notamment les enfants.

Mon école est-elle polluée ? Après le scandale révélé le 10 janvier 2018 par l’association Robin des bois sur la pollution des sites et des sols situés sous des établissements scolaires, c’est la pollution de l’air aux abords des écoles qui fait l’objet d’une campagne de dénonciation. Le 28 mars, l’association Respire a mis en ligne une carte interactive (1) renseignant des mesures de pollution devant les écoles franciliennes. « Sur les 12 520 établissements scolaires d’Île-de-France, 682 étaient exposés à des niveaux de pollution de l’air dépassant les normes légales de dioxyde d’azote (NO2) en moyenne annuelle », note l’association. Parmi ces établissements, 548 (80 %) se trouvent à Paris, 125 en proche couronne et 9 en grande couronne. « Le facteur principal semble être la proximité des axes routiers, relève Respire_. Le NO2, qui est un gaz toxique, est -principalement produit par les moteurs, qui sont responsables de 71 % de l’impact sanitaire lié aux transports en région parisienne, selon une récente étude de l’International Council on Clean Transportation (ICCT), l’ONG qui a dévoilé le scandale du diesel. »_ Plus le trafic est dense, plus l’air devant les établissements est pollué. Sachant que les taux sont fonction de l’emplacement, de la géographie alentour, de l’architecture, etc., des établissements proches peuvent ainsi afficher des niveaux d’exposition différents.

« La pollution atmosphérique est composée de matières gazeuses et de matières particulaires (les PM) », rappelle le journaliste Jean-Christophe Brisard dans son enquête Irrespirable (2). Les PM les plus dangereuses sont les fines et les ultrafines : restant en suspension, elles sont davantage inhalées. « En ce qui concerne les particules, un seul établissement dépasserait les seuils légaux de PM10, et aucun pour les PM2,5 », révèle l’enquête de Respire_. Mais ces seuils sont à prendre avec des pincettes : « Si on considère les recommandations de l’OMS (10 µg/m³ au lieu de 25), 11 427 établissements dépassent les seuils PM2,5, soit 91 % des écoles de la région, et 6 257 dépassent les seuils PM10 (20 µg/m³ au lieu de 40), soit 49 % de l’ensemble »_, met en garde l’association.

Bonne nouvelle : sur les six années recensées, les taux baissent. « Cela prouve que les mesures de lutte contre la pollution sont efficaces et qu’il faut les accentuer ! » a réagi Olivier Blond, président de Respire, en évoquant notamment la mise en place de zones à faible émission (ZFE) et les restrictions de circulation. Mauvaise nouvelle : les seuils en France sont moins exigeants que ceux fixés par l’Organisation mondiale de la santé (OMS). La France fait d’ailleurs l’objet de mises en demeure de Bruxelles depuis 2009 pour non-respect de la directive européenne de 2008 sur la qualité de l’air. Le 17 mai 2018, la Commission européenne a décidé de renvoyer la France devant la Cour de justice de l’Union européenne sur ce motif. La pollution de l’air tue environ 500 000 personnes en Europe chaque année, dont 48 000 en France, a précisé l’OMS – 67 000, selon Olivier Blond. Elle fait dix fois plus de victimes que les accidents de la route et représente un tiers des infarctus et des AVC dans le monde. Elle entraîne des maladies respiratoires chez les plus vulnérables. En priorité les travailleurs exposés, les personnes âgées, les femmes enceintes, les fœtus et les enfants : asthme, retard du développement pulmonaire, mais aussi problèmes cognitifs, baisse de QI… « Maladies cardio-vasculaires, cancers, maladies neurodégénératives (Parkinson, Alzheimer), leucémie de l’enfant, autisme… », complète Isabella Annesi-Maesano, épidémiologiste (Inserm), dans l’enquête de Jean-Christophe Brisard.

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