Colère noire dans les cortèges

Confrontés à une répression croissante, les gilets jaunes en viennent à voir des alliés dans les black blocs.

Cagoulés et vêtus de noir, ils étaient le cauchemar de Manuel Valls et sont maintenant celui de Christophe Castaner. Le 1er mai, les black blocs étaient bien visibles à Paris, derrière un grand cygne noir. Depuis quelques mois, ils sont présents dans les cortèges jaunes, à Paris et ailleurs. Dans les rangs des gilets jaunes, on les ignore, on les tolère, parfois on les applaudit ou on les rejoint. De plus en plus acceptée, la tactique « black bloc » serait-elle en train d’essaimer ?

« Les gilets jaunes n’ont pas attendu le black bloc pour être violents », sourit Pietro (1), 25 ans, un antifasciste parisien membre du bloc cagoulé. Par ailleurs, face à une répression toujours plus forte, les manifestants se sont vite aperçus que le black bloc pouvait être un allié. « Ils ont compris que nous ne sommes pas contre les gilets jaunes, poursuit Pietro. Au contraire, c’est bien pratique d’avoir un black bloc pour tenir la ligne face aux flics. Depuis l’acte du 16 mars, durant lequel on s’est fait massacrer par la police, je n’ai plus entendu personne qui condamnait la violence. »

À Lyon, le constat est identique. Alors que les gilets jaunes lyonnais patinent, le durcissement de la répression début 2019 et le nettoyage des ronds-points autour de la capitale des Gaules donnent au mouvement une énergie nouvelle. « Au début, il y avait une super ambiance, on donnait des bonbons aux forces de l’ordre, se souvient Warren, un étudiant de 23 ans devenu l’un des organisateurs du mouvement des gilets jaunes lyonnais. Puis la répression est allée crescendo. On a eu notre premier gazage, notre premier blessé grave… À partir de là, les black blocs nous ont proposé de travailler ensemble. Ils occupent la police pendant qu’on part manifester. Si on s’est mis à travailler avec eux, c’est aussi qu’on a des personnes fragiles qui prennent de gros risques à venir manifester : des personnes âgées, des enfants… Les black blocs ont proposé de les protéger en faisant tampon entre les gilets jaunes et les forces de l’ordre. »

Si les black blocs sont de précieux remparts pour échapper aux coups de matraque, grenades lacrymogènes et tirs de LBD, le reste des manifestants s’est aussi aperçu que, derrière les cagoules, les revendications étaient similaires. La majorité des syndicats restent frileux sur la question, sauf à Solidaires, où l’on s’amuse de cette convergence inattendue. « Nous voyons des black blocs enfiler des chasubles Solidaires, raconte en riant leur porte-parole Éric Beynel_. Nous les respectons, même quand ils détruisent des symboles du capitalisme. La vraie violence, c’est par exemple les suicides chez France Télécom. Nous avons des revendications communes, peu importe si ce sont des black blocs. Ce n’est pas des black blocs qui avaient attaqué la Bastille en 1789 ? »_

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