Drôle d’endroit pour un accueil

Depuis la loi asile et immigration, l’hébergement des migrants par les régions tourne au casse-tête. Pour pallier les défaillances de Lyon et Saint-Étienne, La Talaudière a ouvert… sa piscine.

Une piscine. C’est ce à quoi ont eu droit, en guise d’hébergement, une soixantaine de migrants arrivés à Saint-Étienne, dans la Loire. Après diverses expulsions, c’est finalement la maire de La Talaudière, une petite ville voisine, qui a proposé cette solution de secours. Grand bâtiment blanc posé sur une pelouse émeraude, la piscine en question a comme un air de vacances. Mais sitôt le seuil franchi, l’impression disparaît. À l’entrée, les tourniquets et les comptoirs des billetteries servent de tables de réfectoire. Au loin, le bassin extérieur est vide. Dans l’immense vestiaire désaffecté, on distingue difficilement le carrelage d’origine, recouvert par des dizaines de matelas collés les uns contre les autres. Des familles ont tendu çà et là des écharpes et des serviettes pour se créer un peu d’intimité. Les adultes vont et viennent, s’occupent de la cuisine ou du ménage, tandis que les plus jeunes rebondissent de matelas en matelas dans des cris assourdissants. Yllka (1), une enfant Albanaise de 11 ans, est soulagée : pour ses premières règles, elle dispose d’une salle de bains digne de ce nom, de serviettes hygiéniques et même de Doliprane. Quant à son frère, difficile de le faire descendre du petit vélo que lui ont déniché les Stéphanois qui accompagnent ces familles depuis le début. Un réseau citoyen de longue date qui, une fois de plus, doit pallier les manquements de l’État en matière d’hébergement.

« Démerdez-vous ! »

La petite quarantaine, les cheveux bruns et un épais anorak orange sur les épaules, Julie lutte contre la bise froide. Elle vit à Saint-Étienne depuis une vingtaine d’années. C’est par le biais d’amis qu’elle a entendu parler de la soudaine fermeture de squats hébergeant, entre autres personnes, des migrants. « Juste avant l’inauguration de la biennale du design à Saint-Étienne, le 21 mars, il y a eu une vague d’expulsions », raconte-t-elle. Et des migrants toujours plus nombreux à débarquer. « Lorsqu’ils arrivent à Lyon, on leur paie un billet de train pour Saint-Étienne en leur disant qu’ils seront domiciliés, explique Rémy Weil, de la Cimade, installé dans le hall étroit derrière une table de jardin qui fait office de bureau de l’association. Eux comprennent qu’ils seront hébergés et ils se retrouvent dehors avec leurs enfants et leurs sacs. » Devant lui, sur un gros registre, sont inscrits les noms des dizaines de personnes dont le périple a pris fin à La Talaudière.

Il reste 69% de l'article à lire.

   Pour lire la suite de cet article, identifiez-vous ou créez un compte :

Article réservé

Pour lire cet article :

Je choisis un pack
Achetez un pack de crédits
pour accéder à cet article.
Consultez nos offres d’abonnement,
à partir de 8€/mois.
Déjà abonné(e) ?
Identifiez-vous.

Vous pouvez aussi acheter le journal contenant cet article ici

Haut de page

Voir aussi

Articles récents