Hôtels meublés de Marseille : l’autre visage de l’habitat indigne

Après avoir hébergé pendant longtemps des populations d’ouvriers et d’immigrés, les « garnis », aujourd’hui en voie de disparition, se sont progressivement mués en espaces de relégation des populations fragiles.

Voilà six mois que deux immeubles de la rue d’Aubagne se sont effondrés à Marseille. Ce drame est la partie la plus visible de l’« habitat indigne » (selon les termes de la loi de 2009). Il existe en effet un phénomène moins médiatisé : celui des hôtels meublés. En 2017, on en compte 73 à Marseille, dont les trois quarts se concentrent dans le Ier arrondissement, entre la gare Saint-Charles et le Vieux-Port, à Belsunce. Cette implantation centrale – qui fait figure d’exception aujourd’hui en France – s’inscrit dans un héritage ancien. Dès avant la Révolution, la location de « garnis » (ces chambres meublées louées à la nuit ou à la semaine, plus rarement au mois) caractérise le centre-ville.

À la fin du XVIIIe siècle, les établissements les plus modestes sont concentrés dans les ruelles étroites de la butte des Carmes, au sud de la porte d’Aix. Ils abritent une population volontiers qualifiée alors de flottante, constituée pour l’essentiel de la frange inférieure et mobile du monde ouvrier, mais aussi de manœuvres et autres porteurs indispensables à l’économie portuaire, ou encore de marchands et commerçants. Ce mode de logement est un sas pour l’entrée dans la ville : les chambres se louent souvent collectivement, en majorité à des étrangers, c’est-à-dire à des non-Marseillais, originaires pour la plupart du quart sud-est de la France, mais aussi à des Italiens, qui représentent 10 % des locataires. Très masculine et plutôt jeune, cette population se rend dans des adresses souvent connues à l’avance selon des logiques d’accointances sociales et professionnelles ou d’opportunités d’emploi. Mais le logement en garni représente aussi alors un mode d’habiter à part entière pour les classes populaires : les natifs de Marseille représentent 10 % des locataires.

À la fin du XIXe siècle, le nombre d’hôtels meublés et garnis a considérablement augmenté. On en dénombre près de 1 500 en 1876, répartis principalement dans trois secteurs : les Grands Carmes, ou ce qu’il en reste après le percement de la rue de la République, le Panier, à proximité du port et du quartier de prostitution, et Belsunce.

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